La cerise sur la galette
Je l’avais oubliée celle-là !
Dans la famille «traditions à la con», je voudrais le tirage des rois en entreprise.
C’est fou comme on oublie vite ce genre de futilités d’une année sur l’autre.
Cette semaine on a donc eu droit, comme dans toute bonne boîte digne de ce nom, à la traditionnelle galette collective précédée de la non moins traditionnelle cérémonie des vœux de notre Big Boss, Mr Z.
Outre le fait de réunir toute la boîte et de se gaver à l’œil, cette simagrée est avant tout destinée à faire le bilan de l’année passée, à établir les objectifs de la nouvelle année et, au passage, à re-motiver les troupes.
Un qu’il n’était pas utile de re-motiver, c’était bien Jean-Luc qui attendait impatiemment ce rendez-vous depuis le début de l’année.
Il n’avait pas attendu la fin du discours de Mr Z pour attaquer discrètement les galettes et les bouteilles de cidre.
Lui, le topo du Big Boss, il s’en était exempté et préférait plutôt traîner du côté des nouvelles stagiaires en leur avouant sa passion pour le tirage de reines et la recherche de fèves.
Pendant ce temps-là, Sandrine faisait de même avec sa copine du service gestion, Virginie, en gloussant comme des dindes dans un coin à comparer leur butin acquis lors de leur journée de RTT posée pour le premier jour des soldes.
En m’approchant discrètement, je crus comprendre que Sandrine s’était dispersée sur les strings, les tailles basses et les petits hauts alors que Virginie, elle, s’était focalisée sur les chausseurs à la recherche de la paire de bottes ultime sur laquelle elle lorgnait depuis longtemps.
Manque de bol, l’assistante gestionnaire n’avait trouvé ni la couleur désirée, ni la bonne taille, ce qui expliquait sûrement sa claudication depuis le début de la journée.
Tous les autres faisaient plus ou moins semblant de rester attentifs au sermon de Dieu le Père qui distribuait comme chaque année les poncifs d’usage comme s’il récitait machinalement et inlassablement le même discours immuable d’année en année.
Alors que je commençais à sombrer sous le poids des clichés, un détail me fit sortir de ma torpeur.
Mr Z était en train de parler de mon service et plus précisément de mon projet.
Il était tout simplement en train de dire que ce projet qui en était à sa phase de finalisation, n’était ni plus ni moins que l’avenir de la boîte et sa plus grande source de satisfaction personnelle.
Sans me citer nominativement, il lança un regard complice à Alain, mon chef de service, qui ne savait plus où se foutre devant tant d’honneurs et qui devait sûrement en avoir souillé l’intérieur de son pantalon à pinces.
Finalement, Gilles mon collaborateur et moi-même étions plutôt satisfaits qu’Alain nous vole la vedette. Cela nous épargna de longues et pénibles séances de congratulations et nous permit de rester un peu à l’écart pour déguster pleinement cette foutue galette.
Du coup, j’eus tout loisir d’aller trinquer avec Béa avec qui je n’avais plus eu l’occasion de trop discuter depuis mon retour de congés et cette fameuse séance de vœux écourtée par la fougue intempestive de Jean-Luc.
Comme nous étions un peu à l’écart de l’agitation, j’en profitais pour essayer de renouveler mon «coming-out libertin» aborté la semaine dernière.
Mais pour ne pas trop la brusquer, j’optai pour un moyen un peu détourné.
Je lui demandai ce qu’elle avait fait de beau pour ce réveillon de la Saint-Sylvestre.
Elle me répondit qu’elle et son mari étaient allés chez des amis qui organisaient une petite fête chez eux.
Et comme elle me demanda également la même chose en retour, je ne me dégonflai pas et lui avouai avoir mixé dans une party chez un copain à Nice.
Comme elle avait l’air intéressée et voulait avoir plus de détails, je lui contai le déroulement de la soirée dans le moindre détail, ce qui eut l’air de l’émoustiller au plus haut point.
En plaisantant, je lui proposai de la prévenir pour la prochaine ce dont elle parut ravie.
A ce moment-là de la conversation, son regard complice en disait déjà très long et je n’eus pas besoin d’avoir recours à d’autres stratagèmes pour déceler en elle son côté obscur et pour confirmer les suspicions de mon petit doigt.
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, après avoir été encensé indirectement par mon Big Boss et après m’être fait une nouvelle complice au sein de la boîte, je faillis m’exploser une couronne avec un Harry Potter en céramique, signe que cette journée était décidemment placée sous le signe du tirage gagnant…
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