Poison d'avril
Ce lundi matin, comme tous les lundis matins, un des premiers trucs que j’ai fait après mes deux ou trois tasses de café serré, c’est de relever mes mails professionnels et de faire une revue bibliographique des dernières publications scientifiques parues sur mon thème de recherche.
Parmi la masse des articles sortis en fin de semaine dernière, il y en a un qui attira plus particulièrement mon attention par son titre peu commun.
Il s’agissait d’un cas de contamination par le H.I.V. dans le milieu du porno Californien.
L’article se présentait très classiquement, avec une introduction du sujet, les techniques mises en œuvre, les résultats des études, une discussion de conclusion et enfin, des références bibliographiques.
Tout au long des six pages figuraient des figures de phylogénie, de génétique, de biologie moléculaire, d’épidémiologie, de statistique.
La base de ce travail était d’essayer de comprendre une vague de contamination qui avait ébranlé le milieu du porno à Los Angeles en 2004, et qui avait touché un acteur et une dizaine d’actrices.
Après des tests génétiques poussés et des recherches de mutations très caractéristiques, l’équipe de chercheurs d’Atlanta avait fini par conclure que la souche qui avait infecté la plupart des actrices était la même que celle qui avait infecté l’acteur et que, par datation, titration et localisation, ils avaient mis en évidence que c’était bel et bien l’acteur qui avait contaminé ses partenaires.
Celui-ci avait contracté cette souche lors d’un tournage au Brésil puis avait transmis le virus à la suite de rapports non-protégés, toutes les différentes étapes du processus de contamination ayant été formellement déterminées (Cf le schéma d’en-tête).
Les chercheurs vont même jusqu’à incriminer les méthodes d’infection en prouvant que le taux de contamination dans le milieu du porno est bien plus fort que la normale, et ce, en partie, à cause de la recrudescence dans le X de rapports «double-anal» qui augmentent le risque d’infection par traumatisme sévère de la paroi rectale.
En conclusion, les chercheurs proposent des tests H.I.V. beaucoup plus fréquents et surtout, bien évidemment, le port de préservatifs sur les tournages, chose qui apparemment n’est pas encore rentrée dans les mœurs.
Après lecture de cette publication, j’en fis part à Gilles, mon collaborateur, qui accepta d’y jeter un œil, et qui, après quelques secondes, m’indiqua du doigt le bas de la première page où figurait en tous petits caractères la date de publication de cet article: 2006/04/01
Je compris immédiatement que je venais à nouveau de me faire berner comme chaque année.
Il est en effet une tradition dans le monde scientifique, en accord avec les principaux éditeurs spécialisés, de publier tous les premiers avril, une ou plusieurs publications on ne peut plus sérieuses dans la forme, mais complètement bidons dans le fond.
Malgré cela, j’ai quand même du mal à croire au canular, et j’ai hâte de découvrir le prochain numéro de cette revue où devrait normalement être démenti ce travail, si celui-ci s’avère factice...
Publicité