Bandaison de crémaillère
Ce samedi soir, tout le service était invité chez Sandrine qui pendait sa crémaillère avec son nouveau mec.
Ca m’emballait moyen mais bon, à défaut de mieux…
Sandrine c’est une petite nouvelle qui est arrivée dans la boîte y’a à peu près 6 mois, le genre fraîchement sortie d’une école d’ingénieurs et bardée de diplômes, une tête de première de la classe mais pourvue d’un charisme d’huître.
En plus, elle a beau jouer à la djeune sympa et cool, c’est pas crédible pour deux sous et tout ce qui ressort de sa personnalité, c’est qu’on a envie de la baffer à chaque fois qu’elle ouvre la bouche.
Anne-Charlotte à côté, c’est Marie Curie, vous imaginez le foudre de guerre qu’est Sandrine.
Si je la compare à Anne-Charlotte, c’est qu’au départ, elles ont pas mal de points communs, d’ailleurs quand Sandrine est arrivée, elles étaient comme cul et chemise toutes les deux.
Sandrine était célibataire et ça se savait.
C’est qu’elle m’en a pourri des chemises à venir me chialer dans les bras les matins où ça n’allait pas fort.
A un moment j’ai vraiment cru qu’y avait marqué «Bureau des lamentations» sur la porte de mon bocal.
J’en ai perdu des heures à essayer de lui faire remonter la pente, alors qu’Anne-Charlotte pendant ce temps gardait toute sa dignité de vieille fille mûre et mettait un point d’honneur à éviter cette humiliation.
Physiquement, autant Anne-Charlotte en imposait avec ses 35 ans bien sonnés, toute en classe et en retenue, autant Sandrine et ses 10 ans de moins, n’hésitait pas parfois à se la jouer «petite salope» en total look «Etam Junior». Cheap et vulgaire.
Et le pire c’est que ça marchait, y’en a un paquet de mecs qui se sont fait embobiner.
Ca allait de l’ouvrier de maintenance au livreur de colis en passant par ce brave con de Jean-Luc, un de mes plus vieux collaborateurs, crédible de par son boulot, mais ayant la fâcheuse tendance d’avoir une bite à la place du cerveau.
Jean-Luc c’est le genre de mec qui s’est tapé la moitié de la boîte en moins de temps que moi j’ai mis à assimiler les prénoms des collègues de mon propre service.
Non, des mecs elle avait pas trop de mal à en trouver Sandrine, mais le problème c’est qu’elle ne savait pas ce qu’elle voulait, et elle les jetait aussi vite qu’elle les avait aguichés.
Jean-Luc il s’en foutait, lui ce qu’il voulait c’était gonfler son score.
Quant à moi, ça n’a jamais été trop mon truc les filles faciles, à choisir je préfère encore cette grande berge d’Anne-Charlotte et ses problèmes existentiels de trentenaire.
Bref, il se trouve qu’il y a à peu près 2 ou 3 mois, au retour des grandes vacances, Sandrine est allée clamer dans tous les couloirs qu’elle avait enfin trouvé le grand amour, le collègue d’un de ses potes ingénieurs à la con dans une grosse boîte d’informatique.
S’en est suivie une longue période douloureuse d’intense bonheur et de romantisme exacerbé.
Elle passait sans transition de la "petite pute" au cerveau d’oisillon, à la "nounouille" au cœur d’artichaut.
Finis les pleurs et les coups de blues, place aux déferlements de joie et aux récits de ses longs week-ends à courir sur la plage main dans la main et à dîner aux chandelles dans des auberges du "Routard".
Pour couronner le tout ils ont fini par se trouver un petit nid d’amoureux à peine 3 mois après leur rencontre, c’est ça la jeunesse d’aujourd’hui.
J’ai fait exprès d’arriver bien en retard et de picoler allègrement avant d’y aller, pour éviter d’affronter la déprime qui m’attendait à cette soirée.
Quand je suis arrivé, vers 22h, la fête battait son plein, il devait y avoir une cinquantaine de personnes et de la musique de merde s’échappait de la mini-chaîne «BlueSky» achetée à "Carrouf".
C’est le mec de Sandrine qui est venu m’ouvrir, Benoît, mais il m’a dit que je pouvais l’appeler Ben, ça commençait bien.
Son look était conforme à ce à quoi je m’attendais : 1m90, tout maigre, truffé d’acné, avec des grosses lunettes et une forêt vierge sur la tête. L’archétype du nerd.
Quand je pense qu’elle était aveuglée par l’amour, aveuglée était pour une fois le mot le plus proche de la réalité.
La maîtresse de maison était occupée à danser un jerk endiablé avec ses copines sur son tapis "Ikéa", accoutrée avec sa tenue spéciale grandes occases, body moulant option «seins qui pointent», mini-jupe en skaï et bottes à talons «écrase-merde» avec l'étiquette du prix encore collée dessous.
Jean-Luc était déjà aux avant-postes, prêt à bondir, les yeux exorbités et la «poutre apparente».
Il avait sa tête des grands jours, déjà 2 grammes d’alcool dans les veines et il tentait de préparer une phase d’approche sur une des copines de Sandrine, tout en gardant un œil sur la micro-jupe flottante de celle-ci.
Alors que je scrutais vaguement le salon rempli de la moitié du service «Recherche et Développement», Anne-Charlotte me tomba dessus sans crier gare, elle était déjà saoule et en manque d’amour.
N’importe qui aurait pu abuser d’elle dans son état, mais personne ne prit le risque de foutre en l’air sa réputation et sa crédibilité au sein de la boîte.
Même Jean-Luc faisait tout pour la fuir, attiré qu’il était par la chair fraîche de la basse-cour qui gravitait autour de Sandrine.
Ayant réussi à refourguer la masse molle d’Anne-Charlotte à un jeune stagiaire puceau récemment débarqué, j’entrepris une petite visite des lieux.
Tous les indices étaient au rouge. La bibliothèque en kit de chez "But" regorgeait de tout ce qui se faisait de pire en mauvais goût. Ca allait de la filmographie complète d’ «Audrey Tautou» en DVD à l’intégrale d’ «Amélie Nothomb» et d’ «Alexandre Jardin» en poche en passant par des compiles roumaines d’ «Abba» au mieux et du tout «Obispo» au pire.
Alors que je faisais semblant de scruter les étagères de manière savante, Sandrine vint m’embrasser avec son haleine avinée en me demandant si tout était à mon goût et si je m’amusais bien.
Aux deux questions, je fus obligé de mentir lâchement afin de me débarrasser au plus vite de ce boulet.
Heureusement pour moi, Alain notre chef de service vint s’intercaler entre nous afin de s’entretenir culture avec moi.
Alain était lui aussi venu seul, laissant bobonne et ses 3 gosses dans son pavillon «Catherine Mamet».
Alain était le genre «Ultra-savant» et mondialement reconnu, mais en compensation il était sexuellement coincé, tendance «balai dans le cul», le parfait «quadra catho».
De surcroît il possédait des goûts de merde en culture et ne savait de toute façon que parler de ce qu’il maîtrisait le mieux : son boulot.
Voyant que j’avais eu le malheur de viser les bouquins, il se lança dans une longue tirade sur la rentrée littéraire en me récitant tout ce qu’il avait gentiment ingurgité dans le «Figaro Mag».
A ce moment-là, j’étouffais une irrésistible envie de me mettre à hurler à la mort tel un chien à l’agonie.
Je prétextais une envie pressante et me dirigeais vers la salle de bains que Jean-Luc n’allait pas tarder à transformer en "baisodrome" de campagne.
Il était affairé entre deux grandes gigues que j’avais déjà repérées en rentrant, sûrement des copines de Sandrine, en tout cas elles avaient adopté le même accoutrement racoleur.
Jean-Luc visiblement n’en pouvait plus, il avait les yeux qui criaient famine et était sur le point de se faire péter la braguette.
Apparemment je dérangeais car il était à deux doigts de changer de braquet.
J’aurais bien aimé faire plus ample connaissance avec ces deux petites "pétasses" mais le Jean-Luc n’est pas très prêteur et me fit comprendre d’aller voir à côté si il y était.
De dépit, je me dirigeais vers la cuisine, dernier havre pour alcooliques notoires.
Evidemment j’y croisais les poivrasses de services, Gilles mon pote de bureau qui se roulait pétard sur pétard en se descendant les "8.6" en rafale, Bernard l’ingénieur-en-chef-des-services-techniques qui noyait sa déprime en crachant sa bile de pré-retraité aigri, plus quelques potes de Benoît alias Ben qui jouaient aux grands en essayant de se mesurer à nous.
Vers 2h du mat, le frigo vide sonna l’heure du départ.
Je me dirigeais donc à tâtons vers la sortie, enjambant de jeunes informaticiens à lunettes discutant programmation "JAVA", assis sagement en tailleur dans le couloir d’entrée tout en sirotant leurs "Coca Light".
Visiblement Jean-Luc avait fini par arriver à ses fins car il pelotait goulûment l'une des deux donzelles dans un coin du canapé en skaï du salon.
Quelques crétins dansaient encore stupidement sur de vieilles daubes de "Dance italienne" sorties d’obscures compiles "M6" des années 90.
Un des leurs avait monopolisé la mini-chaîne quasiment toute la soirée en faisant le beau devant les filles.
A l’autre bout du salon, Anne-Charlotte était encore en grande discussion avec le petit puceau que je lui avais mis dans les pattes en début de soirée.
Apparemment, nulle trace d’ouverture n’était à entrevoir de ce côté-là.
Discrètement, je me faufilais vers la porte de l’appart sans que personne ne me remarque.
Je redoutais toujours ces départs de fins de soirées et priais le bon dieu de ne pas être obligé de faire des adieux collectifs, cérémonie humiliante à souhait.
Raté, à peine sorti de l’appart, je croisais Sandrine qui remontait dans l’escalier, livide.
Elle m’expliqua non sans mal qu’elle était allée prendre l’air dans la cour de l’immeuble au moment où elle avait senti la nausée prendre possession de son corps.
C’est fou ce que, tout d’un coup, elle m’était devenue désirable, à moitié mourante, la peau moite et suintante, le body moulé sur ses petits seins en poire, la jupette froissée et les bottes souillées de traces de gerbe.
Si je ne m’étais pas retenu, j’aurais pu lui offrir un cadeau de crémaillère, là, à même le palier.
Histoire de me faire pardonner d’être arrivé les mains vides…
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