Le bal des débutantes

Publié le par Lucien


















ACTE IV: Votre première sortie libertine


 Ca y est, vous êtes enfin familiarisés avec les codes libertins qui n’ont plus aucun secret pour vous. Vous avez planché sur votre petite annonce, que vous avez agrémentée d’une petite photo coquine de Madame avant de la dispatcher sur des sites spécialisés dans l’échange de bons et loyaux services. Vous avez fait une petite séance shopping pour équiper votre dame d’une belle parure de sortie.
Maintenant, et en attendant qu’on morde à votre petite annonce, vous vous devez d’aller en repérage sur le terrain afin de vous acclimater en douceur à votre nouveau hobby.

 Pour vous donner un avant-goût de ce qui vous y attend, voici une soirée-type dans un club libertin lambda, en espérant que cela réponde à quelques unes de vos interrogations.

 Comme c’est la première fois que vous vous jetez à l’eau, je ne saurais que trop vous conseiller de démarrer par une soirée réservée aux «débutants».
En effet, la plupart des clubs proposent désormais des soirées à thèmes dont l’inévitable «soirée débutants», au même titre que la «soirée femmes bi», la «soirée trio», la «soirée Gang-Bang» ou autre «soirée SM».
Jouez donc aux naïfs et laissez vous tenter par la formule découverte «all-inclusive» que vous proposerons amicalement les maîtres des lieux, souvent un vieux couple de partouzeurs sur le retour qui, après avoir pas mal roulé leur bosse et écumé la plupart des backrooms de votre région, tels de vieux routards du cul, se seront rangés des camions en s’offrant avec leurs économies leur rêve de toute une vie, une «boite à touze» rien qu’à eux.

 Comme dans tout bon séjour-club, vous serez pris en charge dés la lourde porte aveugle franchie, service voiturier, pas de «délit de faciès» de la part du videur, soirée débutant oblige, vous aurez évidemment pris soin de respecter à la lettre l’unique consigne obligatoire pour rentrer, "pantalon interdit pour Madame".

 Après vous être délestés de vos effets personnels à l’inévitable vestiaire-caisse tenue par la maîtresse de maison en grande tenue d’apparat, c’est son patron de mari qui se chargera de vous faire faire le tour du propriétaire, surtout si vous lui précisez que c’est votre baptême de «sortie non-conformiste».
Au premier abord, le club vous apparaîtra comme n’importe quel club traditionnel avec sa piste de danse, son light-show, sa cabine de DJ et son bar américain.
Mais si vous êtes un brin observateurs, vous remarquerez quelques petits détails qui témoignent du caractère libertin du lieu.
Tout d’abord, comme dans la plupart des clubs échangistes, la présence d’une salle de restaurant jouxtant la piste de danse, chose peu commune dans une discothèque classique.
En effet, le libertin aime bien dîner sur place afin d’établir quelques contacts préalables qui pourront s’avérer utiles par la suite.
Ici on parle de «All-in-one» ou de «Multiplex de l’échange» et l’on fait tout pour captiver sa clientèle de 22h au petit matin : «warm-up» au restaurant, drague sur la piste et finitions dans les «backrooms», tous services compris.
Certaines boîtes proposent même quelques spécificités comme la présence de coins détente à base de jacuzzi, sauna et hammam.

 Mais revenons à la partie discothèque proprement dite où vous pourrez aisément deviner des éléments caractéristiques et immuables de tout bon club libertin :
Tout d’abord son podium entouré de miroirs et muni de barres et autres cages.
Les habituées aiment bien en effet se regarder se faire regarder dans un subtil jeu narcissique d’exhibitionnisme voyeuriste, la barre rappelant les shows de Go-Go danseuses professionnelles et la cage matérialisant l’univers carcéral cher aux sadomasochistes.
Tout autour de la piste sont disposés des poufs moelleux et autres canapés accueillants destinés aux «mateurs» non férus de danse.
Jusque-là, rien de bien extravagant si ce n’est les déshabillés assez explicites que l’on n’a guère l’habitude de voir dans des boîtes de jeunes.

 Justement, j’insiste sur le mot «jeune» car là aussi se situe une des différences par rapport aux établissements traditionnels, l’âge moyen de la clientèle.
Mis à part certains clubs assez branchés, celui-ci se situe plutôt autour de la quarantaine voire même de la cinquantaine.
Du même coup, niveau musique, ne vous attendez pas aux derniers tubes de house ou à d’obscurs bootlegs prisés par la hype.
Les «DJ de clubs échangistes» sont plus proches de leurs collègues «DJ de mariages» et chercheront plus à divertir leur assistance qu’à la cultiver, le but étant de la préparer le mieux possible à la dernière partie de soirée grâce à l’utilisation abusive de slows et autres bons gros classiques de musiques de fêtes.
Donc, en gros, si vous avez des principes et que vous êtes à cheval sur l’éthique en matière de musique dite «de qualité», ce genre d’établissements n’est pas pour vous.

 Mais revenons à nos moutons si j’ose dire.
Il est 22h, la boîte vient d’ouvrir, le proprio vous a mis en confiance en vous tutoyant d’entrée et en vous appelant par vos prénoms que vous aurez pris soin de légèrement falsifier par désir d ‘anonymat. Comme il est bon commerçant, il vous aura offert l’apéro et saura se montrer affectueux voire même un peu trop parfois avec votre dame.
Mais il est grand temps de passer à table car dans une heure vont commencer à arriver les clients du "second service" c’est-à-dire ceux qui ne dînent pas sur place et se contentent de venir danser et plus si affinités.

 Comme c’est censé être une soirée «débutants», à priori vous n’avez rien à craindre, mais votre nouvel ami le patron ce coquin aura pris soin d’insérer au sein de chaque tablée de «débutants», un ou deux couples plus confirmés car il ne faut pas se leurrer, les habitués du club n’entendent pas boycotter leur QG sous prétexte que cette soirée ne leur est pas destinée.
De plus, si vous pensiez dîner avec Madame en tête-à-tête, main dans la main, à la lueur des chandelles, c’est raté.
Ici c’est plutôt ambiance cantine avec grandes tablées collectives d’une dizaine de couverts afin de favoriser les échanges verbaux…et gestuels.
En effet, il ne faut pas oublier que le but de faire dîner les clients «in situ» est quand même d’éviter l’individualisme et de favoriser le déliage des langues.

 Ainsi vous apprendrez que vos voisins de gauche sont, tout comme vous, de baptême ce soir, mais que par contre, ceux de droite ont leur carte de membres et considèrent un peu ce club comme leur seconde maison, pas de chance pour vous.
Sans oublier les «faux débutants» qui vous font croire qu’ils ne sortent qu’une ou deux fois l’an mais qui connaissent tous les habitués par leurs prénoms et qui les saluent à grands coups de langues fourrées. Toujours se méfier des «faux débutants».
Ainsi, le repas se passe bon gré mal gré, Madame se rassurant comme elle peut avec le couple de gauche, pas plus rassuré qu’elle, et Monsieur glanant quelques informations auprès du couple de droite en essayant de résister aux assauts peu discrets de sa voisine directe.
Evidemment, les grands classiques du dialogue social de base passeront en revue :
Situation professionnelle, loisirs, actualité, météo, j’en passe et des meilleures dans le genre tournage autour du pot.
A l’arrivée du dessert, vos voisins de droite n’y tenant plus, enfonceront les pieds dans le plat en abordant le sujet que toute la tablée évitait depuis bientôt une heure, le cul.
Silence pesant, rires gênés, regards fuyants, cette cerise sur le gâteau tombe un peu comme un poil pubien sur l’île flottante et a le chic pour préparer tout le monde à la suite de la soirée.
Justement, il se fait tard, le «second service» commence à arriver et le patron met un terme au malaise général en conviant tout le monde à prendre place autour de la piste pour passer à la soirée dansante.

 Comme par hasard, vos voisins de tablée, ceux de droite, viennent partager votre canapé et comme ils vous aiment déjà bien et n’ont pas vraiment eu l’occasion de converser avec vous lors du repas, vous proposent de vous offrir un verre.
Un refus de votre part serait assez mal pris, mais attention, une acceptation risque aussi d’être prise comme un signe de complicité et pourrait laisser entrevoir à vos nouveaux amis une ouverture vers une fin de soirée commune.
Méfiance donc, restez distants et ne cherchez pas forcément à rentrer dans leur jeu.
D’autant plus que Madame est déjà à moitié nue avec sa nuisette transparente et roule des pelles aux nouveaux arrivants qu’elle est visiblement très heureuse de retrouver.

Heureusement, le DJ fait diversion en attaquant fort avec un medley de Claude François.
La piste est déjà bondée et vos nouveaux amis vous proposent de les y accompagner avant que cela devienne impraticable.
A première vue, vos collègues les «débutants» ont moins de chance que vous et se contentent de rester dans leurs canapés à observer tout ce cirque, les messieurs de manière plus qu’attentive, les dames un peu plus en retrait, les traits marqués et les yeux rivés vers leurs montres-bracelets.
Sur la piste en folie, autre ambiance. Les dames, visiblement plus du tout débutantes depuis pas mal d’années ont déjà toutes revêtues la tenue officielle du club composée en tout et pour tout d’un string-ficelle et de talons plateformes de 12 cm.
Vous jetez un œil vers le podium où ça se bouscule pour venir se frotter l’entrejambe sur la barre verticale et où la cage est déjà prise d’assaut par des hordes de soi-disant «débutantes».

 A ce moment-là, vous vous dirigez vers le bar pour obtenir du patron un petit renseignement : «Pourquoi continuer à appeler ce genre de soirées, des soirées «débutants» ?»
Celui-ci, visiblement habitué à la question, vous répond qu’il faut bien d’une manière ou d’une autre attirer les nouveaux, et se propose dans un grand élan de générosité de vous offrir un verre pour se faire pardonner.

 En revenant sur la piste, vous constatez que celle-ci s’est étrangement vidée en quelques minutes alors que pourtant le style musical est resté inchangé, c’est-à-dire toujours d’un goût douteux.
Normal, il est minuit, les corps ont eu le temps de s’échauffer, et comme un des grands principes de ce genre d’endroits est de rester pudique sur la piste de danse, c’est à dire de toujours y garder au moins un élément vestimentaire, en l’occurrence les talons aiguilles, ceux et celles qui veulent se déchausser doivent migrer vers d’autres lieux plus propices.
En général, un couple disparaît de la piste, suivi de prés par un second, puis de fil en aiguille, s’opère une véritable transhumance.
Celle-ci, selon la topologie du club, peut se diriger soit vers les sous-sols, soit vers l’étage, voire même vers les deux à la fois pour les grands «multiplex».
Evidemment , la curiosité va vous pousser à aller y jeter un coup d’œil et vous allez partir à la recherche de cet accès caché, peu visible depuis la salle principale de la boîte, l’intérêt résidant justement dans ce petit jeu de piste à la découverte des oubliettes qui vont vous faire basculer du «Paradise Garage» vers le «Disco Inferno».
Aidé par un autre couple à l’affût, vous allez finir par découvrir l’escalier magique qui mène vers un autre étage indépendant, une autre strate du jeu à plusieurs niveaux que vous avez entamé en rentrant dans cette boîte.
Ici, point de light-shows criards et de beats martelant. Plutôt de longs couloirs sombres emplis de cris étouffés, de halètements furtifs, d’odeurs capiteuses et de moiteurs oppressantes.
Au hasard de certains recoins, d’autres accès déboucheront sur des alcôves tout aussi sombres où votre œil s’habituera progressivement à deviner l’esquisse d’un lit bondé de corps fusionnés.

 Vous vous rendrez vite compte que la majeure partie du club se retrouve concentrée dès lors dans ce dédale labyrinthique et que les déplacements le long de ces couloirs étroits deviennent ardus voire même quasi-impossibles.

 Du coup, vous aurez largement le temps de stationner devant les multiples alcôves et d’assister aux ballets amoureux de vos congénères.
Mesdames, vous aurez aussi largement le temps de vous faire tripoter au hasard de ces bouchons par des mains baladeuses inconnues qui prétexteront le manque de place et la promiscuité rendant ces attouchements totalement involontaires.

 En faisant un petit effort de mise au point, vous finirez par apercevoir sur un des lits à baldaquin votre couple d’amis de toute à l’heure aux prises avec le couple de «pseudo-débutants» qui, soi disant, n’étaient pas du tout coutumiers des faits.
Toujours se méfier des «pseudo-débutants».

 Si vous avez un peu de chance, vous déboucherez même à un moment ou à un autre dans une étrange cellule d’où les occupants se contentent d’observer à travers une grande baie vitrée.
En essayant de vous approcher, vous vous rendrez compte qu’il s’agit en fait d’un miroir sans tain et que de l’autre côté, ça se bouscule aussi pour se faire mater.

 Au cours de votre périple, vous croiserez régulièrement de grandes vasques remplies soit de préservatifs gracieusement offerts par la maison, soit de grappes de fruits frais, indispensables compléments vitaminés pour survivre en milieu à haute activité reproductrice.

 De même, la maison aura pris soin de disposer au pied de chaque lit, des poubelles destinées à recueillir le fruit de vos amours, car le libertin se soucie quand même un peu de son environnement. Méfiez vous tout de même d’où vous mettrez les pieds.

 Ne vous étonnez pas non plus de découvrir au pied de chaque lit des monticules d’escarpins en tout genre qui raviraient les fétichistes amateurs en goguette, la maison veillant de prés à ce que ces dames se déchaussent avant de prendre leur pied, question de principe.

 Enfin, comme l’établissement clame haut et fort qu’il est très à cheval sur l’hygiène, au cas où vous en doutiez, de multiples salles de bains jalonnent ces coins-calins afin que tout un chacun puisse venir se refaire une petite beauté entre deux joutes amicales.

 Il va sans dire que les habitués de l’arrière-boutique, une fois dans leur domaine, n’en ont plus rien à faire de leur copain DJ du rez-de-chaussée qui essaie encore tant bien que mal de distraire le peu de clientèle qui reste sur son dancefloor.

 Justement, après avoir réussi à vous extirper des griffes des tâteurs en tout genre, vous rejoindrez le monde réel dans une grande bouffée d’air pur et vous dirigerez vers le tiroir-caisse afin de récupérer vos affaires et arbitrairement de régler la note que vous tendra Madame la patronne avec un grand sourire, en vous donnant du «mes petits chéris» en veux-tu en voilà.
Et à la traditionnelle question du départ «Alors, ça vous a plu, vous vous êtes bien amusés ?», vous lui répondrez par l’affirmative afin de ne pas la vexer et lui promettrez de revenir pour une vraie soirée avec moins de débutants car finalement, ces soirées thématiques qui leur sont consacrées sont définitivement beaucoup trop calmes pour vous…
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
salut lucien , quand est-ce que tu nous fais un nouvel article ?
Répondre
S
Salut Lucien ..je ne pense pas que tu ais besoin de notre soutien pour aller sur le terrain ;-)
Répondre
L
Non non effectivement, pas besoin de soutif dans ce genre d'endroit...
L
Hey mon baobab, reviens!;)
Répondre
L
On attend avec impatience ton reportage...veinard!;)
Répondre
L
Bon, c'était une façon de parler, disons que j'étais comme qui dirait...sur le terrain.Mais je ne garantie pas que j'aurais matière à reportage...En plus j'ai un max de taf en ce moment et j'ai un peu de mal à trouver le temps d'écrire.Mais merci quand même pour votre soutien et vos encouragements...
F
On s'y croirait...<br /> Très bien raconté, et très instructif.<br /> Tv5 devrait faire un reportage pour l'emission strip-tease sur le sujet
Répondre
L
Keua ?!TV5 veut faire un reportage sur mon blog ?Déja ?