Minuit dans le jardin des Hespérides

Publié le par Lucien














 
 
 



 

 Début décembre, j’ai réussi à dégotter un extra de DJ résident dans un nouveau Lounge cannois, les Hespérides sur la pointe Croisette, en plein dans le quartier des clubs, à mi-distance du V.I.P, du W.A.G. et du Bâoli.

J’aurais préféré me retrouver dans une cabine insalubre de DJ de boîte à touze, depuis le temps que j’en rêvais, mais je ne crois pas avoir une collection de disques assez pointus pour cela.
Et puis en plus je n’aime pas mélanger le plaisir avec le boulot.

 C’est mon pote Ant, le musicien, qui m’a trouvé le plan.
Il savait que je cherchais à me refaire la main dans le coin depuis mon départ de Paris, il a laissé traîner ses oreilles et a finalement entendu parler de l’ouverture imminente des Hespérides.
Comme il connaît plus ou moins tout le milieu artistique local, il n’a pas eu trop de mal à me brancher avec le D.A., et c’est comme ça que je me suis retrouvé avec un contrat pour mixer un vendredi soir par mois, entre 20 heures et la fermeture de 2 heures.
Ce qui est cool, c’est qu’on me laisse carte blanche niveau programmation, à condition que ce ne soit pas trop agressif.
Les Hespérides est avant tout un bar-restaurant-lounge, où les clients viennent se détendre avant de poursuivre dans les clubs voisins.
L’idée est donc plus d’accompagner leur repas ou leur verre avec un fond sonore relativement neutre et vers la fin, faire un peu monter la sauce pour commencer à les chauffer et les préparer à affronter les pistes.
Aux Hespérides, il n’y a pas de piste, ce n’est pas la philosophie de la maison.
Ici on mise tout sur l’atmosphère, la déco, le design, la classe quoi.
Il faut dire que le lieu en jette :
Architecture très modern-style californien, lignes épurées, mélanges de bois sombres, de puits de lumière et de grandes baies vitrées, bosquets de plantes exotiques luxuriantes, jeux de néons légèrement tamisés, mets raffinés, clientèle jeune et élégante.

 Du coup, j’ai d’abord commencé par m’imprégner longuement de l’âme des lieux avant de fixer mon set.
Lors de ma première prestation il y a deux semaines, j’ai assuré le coup en reprenant un before que je faisais régulièrement au Café Carbone à Paris et qui marchait plutôt pas mal.
Début très cool à base d’enchaînements d’obscurs morceaux de jazz modal de la fin des sixties, avec une prédilection pour Alice Coltrane, Pharoah Sanders et Sun Ra, sans oublier le Miles période «Bitches Brew».
Puis, lorsque je sens dans l’attitude des convives que la sauce commence à prendre, j’enchaîne délicatement avec de la «Drum and Bass» jazzy en passant de longues digressions modales de Photek, Source Direct et Innerzone Orchestra.
Enfin, vers minuit, j’attaque la dernière phase en m’orientant plus vers de la «Deep House» tendance new-yorkaise, à base de riches orchestrations et de rythmiques tribales, entre Jephté Guillaume, Blaze et les M.A.W., dont je me débrouille toujours à mettre un point d’honneur à terminer mes sets sur le chef d’œuvre, «Odyssey», une des sept merveilles du monde en qualité de musique électronique.
Ce qui semble a priori s’imposer dans un endroit qui porte le nom d’un jardin d’Eden perdu aux confins des océans.

 Visiblement Monsieur René, le maître des lieux sembla plutôt content de ma prestation et sa longue poignée de main m’avait tout l’air d’être synonyme de conversion de ma période d’essai en contrat définitif.
OK, un vendredi par mois, c’est un peu léger, mais c’est toujours mieux que rien...
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Publié dans Mixages

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