Canicule
"Alerte orange canicule". Cet enchaînement de mots ne quitte plus les bulletins météo depuis trois semaines. Affalé dans mon pieu entre deux ventilos, je végète comme un vulgaire chorizo. Sec dedans, suintant dehors. Mon disque dur tourne au ralenti, je suis en congé.
Gilles et moi venons enfin de boucler le dossier "VirTrap" sur lequel nous planchons depuis un an. Le boss, dans sa grande bonté, nous a octroyé un mois de vacances en guise de remerciements.
Gilles a pris des billets pour Santiago du Chili et moi je suis allé à la FNAC me payer une compile de remixes de Gotan Project et "Mémoire de mes putains tristes" de Gabriel Garcia Marquez. Chacun son truc.
Même pas la force de me traîner jusqu’à la piscine transformée en jacuzzi bouillonnant. J’espère qu’elle filtre bien, je n’y suis pas allé depuis avant-hier.
De la fenêtre de ma chambre j’aperçois la petite camionnette blanche de Clim’Azur. Le voisin est en train de se faire poser une clim. J’ai l’impression que l’installateur se liquéfie sous mes yeux et va se mettre à dégouliner le long des son échelle comme une fiente d’oiseau. Cela fait plusieurs fois depuis la semaine dernière que j’ai repéré cette camionnette dans le quartier. Si j’ai le courage, il faudra que j’aille lui demander ses tarifs avant qu’il ne se fasse absorber définitivement par le bitume en fusion. Ou alors je regarderai sur leur site, ce sera plus simple.
Depuis hier matin il souffle un vent brûlant venant du Sahara qui empêche de mettre le nez dehors. Je n’avais pas ressenti une telle impression de combustion depuis l’été que j’avais passé à Palm Springs.
À la radio ils annoncent que ça ne va pas s’améliorer d’ici la fin de la semaine et que le nombre de décès journaliers augmente inexorablement.
Du coup je pense à la petite vieille de la baraque d’en face que je n’ai pas aperçue depuis deux jours. D’habitude elle vient tous les soirs faire pisser son caniche nain contre ma haie de cyprès et je lui renvoie son salut en faisant semblant de n’avoir rien vu.
Peut-être qu’à l’heure qu’il est c’est elle qui joue le rôle du cyprès, va savoir.
À vrai dire, je n’ai pas beaucoup plus de courage que pour le type de Clim’Azur. On finira bien par être alerté à l’odeur.
En attendant, je réécoute en boucle de vieux albums "ambient" d’Eno histoire de trouver l’inspiration pour composer de nouveaux morceaux. Avec cette chaleur écrasante qui m’ankylose comme une chape de plomb, je n’ai pas trop la tête à faire dans le dansable.
À moitié dans le cirage, je perçois au loin comme un bourdonnement lancinant qui s’intègre mal dans le dispositif sonore que j’essaie laborieusement de mettre en place. C’est seulement au bout de quelques secondes que je fais le rapprochement avec le vibreur de mon portable.
Yvan vient de me laisser un message pour me rappeler de ne pas oublier de venir les chercher, lui et Isabelle, demain matin à l’aéroport de Nice...
Gilles et moi venons enfin de boucler le dossier "VirTrap" sur lequel nous planchons depuis un an. Le boss, dans sa grande bonté, nous a octroyé un mois de vacances en guise de remerciements.
Gilles a pris des billets pour Santiago du Chili et moi je suis allé à la FNAC me payer une compile de remixes de Gotan Project et "Mémoire de mes putains tristes" de Gabriel Garcia Marquez. Chacun son truc.
Même pas la force de me traîner jusqu’à la piscine transformée en jacuzzi bouillonnant. J’espère qu’elle filtre bien, je n’y suis pas allé depuis avant-hier.
De la fenêtre de ma chambre j’aperçois la petite camionnette blanche de Clim’Azur. Le voisin est en train de se faire poser une clim. J’ai l’impression que l’installateur se liquéfie sous mes yeux et va se mettre à dégouliner le long des son échelle comme une fiente d’oiseau. Cela fait plusieurs fois depuis la semaine dernière que j’ai repéré cette camionnette dans le quartier. Si j’ai le courage, il faudra que j’aille lui demander ses tarifs avant qu’il ne se fasse absorber définitivement par le bitume en fusion. Ou alors je regarderai sur leur site, ce sera plus simple.
Depuis hier matin il souffle un vent brûlant venant du Sahara qui empêche de mettre le nez dehors. Je n’avais pas ressenti une telle impression de combustion depuis l’été que j’avais passé à Palm Springs.
À la radio ils annoncent que ça ne va pas s’améliorer d’ici la fin de la semaine et que le nombre de décès journaliers augmente inexorablement.
Du coup je pense à la petite vieille de la baraque d’en face que je n’ai pas aperçue depuis deux jours. D’habitude elle vient tous les soirs faire pisser son caniche nain contre ma haie de cyprès et je lui renvoie son salut en faisant semblant de n’avoir rien vu.
Peut-être qu’à l’heure qu’il est c’est elle qui joue le rôle du cyprès, va savoir.
À vrai dire, je n’ai pas beaucoup plus de courage que pour le type de Clim’Azur. On finira bien par être alerté à l’odeur.
En attendant, je réécoute en boucle de vieux albums "ambient" d’Eno histoire de trouver l’inspiration pour composer de nouveaux morceaux. Avec cette chaleur écrasante qui m’ankylose comme une chape de plomb, je n’ai pas trop la tête à faire dans le dansable.
À moitié dans le cirage, je perçois au loin comme un bourdonnement lancinant qui s’intègre mal dans le dispositif sonore que j’essaie laborieusement de mettre en place. C’est seulement au bout de quelques secondes que je fais le rapprochement avec le vibreur de mon portable.
Yvan vient de me laisser un message pour me rappeler de ne pas oublier de venir les chercher, lui et Isabelle, demain matin à l’aéroport de Nice...
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