Yes, I Cannes ! (4)
La question à ne jamais poser et à laquelle ne jamais répondre :
- T’as déjà vu des films ?
Laissez ça aux journalistes ou aux cinéphiles locaux. Ici on ne rentre dans les salles obscures que pour se remettre d’une sale cuite de la veille.
Contentez vous de dire que vous avez déjà vu tous les futurs primés dans des projections privées parisiennes avant de venir et que vous vous êtes contenté d’aller voir un petit film mexicain au marché du film à huit heures du mat dans une salle de cinquante places. Rajoutez-en une couche en disant que cette histoire de cannibales extralucides baignant dans une B.O. crée spécialement par Sonic Youth, va rapidement devenir le buzz du festival et que tous les producteurs voudront bientôt se l’arracher.
Après tout, vous ne vous faites pas chier à vous taper trois ou quatre nuits blanches consécutives, à vous enkyster le foie, à vous cautériser les cloisons nasales et à vous cramer le frein contre du caoutchouc pour aller voir des gros navets qui sortiront en salles la semaine suivante.
Non, les vraies questions sont là :
- T’es descendu où ?
- T’es venu avec qui ?
- T’as fait quelles soirées ?
- T’as un carton pour ce soir ?
- Tu peux pas me dépanner d’un ou deux grammes ?
- Tu trouves pas que Cannes c’est de plus en plus naze ?
- T’es sur que t’as pas un carton pour ce soir ?
...
- Tiens, salut Lucien ! Tu vas bien ? T’es descendu où ?
- Au 3.14.
- Tu te refuses rien mon salaud !
- Mouais, mouais, ça va, ça va ! Et toi ?
- Au Noga tu sais bien ! J’ai toujours ma chambre réservée là-bas. Et sinon, t’es venu avec qui ?
- Tout seul ! Je préfère faire mes courses sur place.
- T’as un carton pour ce soir ?
- Non.
- T’en veux un ?
- Deux.
- T’as tout ce qu’il te faut sinon ?
- Non.
- T’en veux un ?
- Deux.
- On se voit ce soir alors ?
- J’en sais rien. J’ai deux autres fêtes en même temps dont une qui n’est même pas en ville.
- Chez qui ?
- J’en sais rien non plus. On doit m’appeler tout à l’heure pour que j’aille récupérer un carton, mais je sais même pas qui doit m’appeler.
C’est aussi ça, Cannes ! Avant, on est dans le flou téléphonique. Pendant, on est dans le flou artistique. Et après, on est dans le flou gastrique. C’est flou ça, non ?
- T’as déjà vu des films ?
Laissez ça aux journalistes ou aux cinéphiles locaux. Ici on ne rentre dans les salles obscures que pour se remettre d’une sale cuite de la veille.
Contentez vous de dire que vous avez déjà vu tous les futurs primés dans des projections privées parisiennes avant de venir et que vous vous êtes contenté d’aller voir un petit film mexicain au marché du film à huit heures du mat dans une salle de cinquante places. Rajoutez-en une couche en disant que cette histoire de cannibales extralucides baignant dans une B.O. crée spécialement par Sonic Youth, va rapidement devenir le buzz du festival et que tous les producteurs voudront bientôt se l’arracher.
Après tout, vous ne vous faites pas chier à vous taper trois ou quatre nuits blanches consécutives, à vous enkyster le foie, à vous cautériser les cloisons nasales et à vous cramer le frein contre du caoutchouc pour aller voir des gros navets qui sortiront en salles la semaine suivante.
Non, les vraies questions sont là :
- T’es descendu où ?
- T’es venu avec qui ?
- T’as fait quelles soirées ?
- T’as un carton pour ce soir ?
- Tu peux pas me dépanner d’un ou deux grammes ?
- Tu trouves pas que Cannes c’est de plus en plus naze ?
- T’es sur que t’as pas un carton pour ce soir ?
...
- Tiens, salut Lucien ! Tu vas bien ? T’es descendu où ?
- Au 3.14.
- Tu te refuses rien mon salaud !
- Mouais, mouais, ça va, ça va ! Et toi ?
- Au Noga tu sais bien ! J’ai toujours ma chambre réservée là-bas. Et sinon, t’es venu avec qui ?
- Tout seul ! Je préfère faire mes courses sur place.
- T’as un carton pour ce soir ?
- Non.
- T’en veux un ?
- Deux.
- T’as tout ce qu’il te faut sinon ?
- Non.
- T’en veux un ?
- Deux.
- On se voit ce soir alors ?
- J’en sais rien. J’ai deux autres fêtes en même temps dont une qui n’est même pas en ville.
- Chez qui ?
- J’en sais rien non plus. On doit m’appeler tout à l’heure pour que j’aille récupérer un carton, mais je sais même pas qui doit m’appeler.
C’est aussi ça, Cannes ! Avant, on est dans le flou téléphonique. Pendant, on est dans le flou artistique. Et après, on est dans le flou gastrique. C’est flou ça, non ?
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