Lundi 5 septembre 2005
Ce dimanche matin je reçois un coup de fil de mon pote jg qui me propose de l'accompagner une dernière fois de la saison faire du cul nu sur une plage naturiste.
Je propose la pointe de l'aiguille à Théoule et il accepte sans hésiter me disant qu'il n'y est pas allé depuis longtemps.
Il me demande également si cela m'ennuie qu'il vienne avec sa nouvelle conquête japonaise.
Je lui réponds que non, ca tombe bien, je n'ai pas encore eu la chance de la rencontrer depuis son retour du Japon.
Jg est un amateur d'art japonais et il vient de passer l'été à Tokyo pour ramener quelques oeuvres dans son bastion niçois.
Dans ses bagages il a également ramené cette Yuka, une étudiante qu'il a rencontré lors d'une "soirée bondage" comme il dit.
En effet, jg se passionne également pour cette "autre forme d'art" et il a profité de son voyage au Japon pour assister à quelques séances de shibari distillées par le grand maître Chimuo Nureki.
C'est lors d'une de ses séances qu'il a fait la connaissance de Yuka, un des modèles préférés du maître, mais aussi une des égéries de Nobuyoshi Araki le grand photographe dont jg est un fervent collectionneur.
Jg et Yuka arrivèrent chez moi à midi puis nous partîment sans tarder pour Théoule.
J'étais troublé par la beauté juvénile de Yuka ainsi que par sa grâce et l'insondable mystère qui transparaissait à travers son regard absent.
Arrivés à la pointe de l'aiguille, nous entreprîment la longue descente abrupte vers la crique non sans quelques égratignures, ce qui ne parut pas spécialement gêner Yuka qui n'avait pas encore décroché une parole depuis son arrivée chez moi.
Elle ne sembla pas plus choquée d'assister au ballet des inévitables voyeurs au regard fuyant et à l'entrecuisse gonflée, signe que nous approchions du terminus de notre excursion.
En effet, passés les derniers fourrés-abris, la superbe crique se dévoila sous nos yeux.
Quelques couples étaient déja installés, ayant depuis longtemps pris d'assaut les roches plates les plus convoitées, celles qui surplombent légèrement la plage et offrent ainsi d'intéressants promontoires.
Ils ne nous restait plus que la longue plage de galets pour se trouver une place parmi les corps alanguis et offerts.
Nous évitions le coin des mecs seuls qui commençaient sérieusement à mater Yuka en se tripotant l'engin, laissant de marbre la principale intéressée, et nous options pour le bout de la crique plus fournie en couples et donc plus tranquille.
A peine Yuka désapée, je vis le regard de certains couples focaliser sur le corps parfait de mon accompagnatrice, sûrement surpris de constater la blancheur laiteuse de sa peau, contrastant avec la caramélisation avançée des autres habitués du site.
C'est sûr que mes deux camarades faisaient sensation depuis leur arrivée, entre jg qui arborait fièrement son Prince Albert clinquant et sa musculature de Judoka, et Yuka en petit cygne fragile et perdu, le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'étaient pas vraiment assortis.
Alors que je n'avais toujours pas entendu le moindre son sortir de la bouche de Yuka, un couple qui nous avait repéré depuis le début et qui nous matait de manière insistante, vint à notre rencontre au bout d'une demi-heure.
La quarantaine tous les deux, ils étaient assez bien conservés, d'allure sportive, et sentaient le couple échangiste à plein nez.
En tout cas ils en possédaient tous les artifices: rasés de prés, tatoués, pierçés, siliconés et transpirant le sexe de tous leurs pores.
Jg et moi, on avait senti venir le plan depuis longtemps, habitués que nous étions à ce genre de lieux de rencontres, on ne nous la faisait plus depuis longtemps.
Yuka, elle, n'avait rien vu venir ou du moins n'en laissait rien transparaitre.
Le couple nous demanda s'ils pouvaient se joindre à nous afin de profiter du soleil en notre compagnie, excuse bidon à souhait mais nous acceptâmes leur proposition en jouant aux naifs et sans trop leur montrer que nous avions vu clair dans leur petit jeu.
Après les présentations d'usage et les quelques banalités habituelles, David et Natasha puisqu'ils s'étaient présentés sous ces noms-là, filèrent droit au but sans perdre de temps:
"Ca vous dirait un petit plan tous les cinq?"
"On pourrait aller dans les messugues un peu plus haut dans la falaise."
Moi j'étais venu pour accompagner mes camarades et accessoirement me reposer d'une semaine éprouvante.
J'avais même prévu de terminer le dernier Houellebecq que j'avais finalement réussi à me procurer la veille à la FNAC.
Autant dire que je ne m'étais pas spécialement préparé à disputer ce genre de sport extrême et que je n'y tenais pas plus que ça.
Par contre je connaissais suffisamment le jg pour savoir qu'il se serait volontiers laissé guider par nos hôtes sans rechigner.
En revanche, Yuka une fois mise au parfum par l'explication sommaire de jg dans son japonais approximatif, esquissa une légère moue de désapprobation qui ne trompa guère notre couple, lequel n'essaya même pas d'insister, preuve que l'on puisse être pervers mais correct.
Aprés nous avoir salués, ils nous abandonnèrent et retournèrent vers leur piédestal minéral d'où ils pouvaient à leur guise choisir leurs proies.
Ce qu'ils finirent par réussir assez rapidement puisqu'ils jetèrent leur dévolu sur un autre couple moins farouche, à peine un quart d'heure aprés nous avoir quittés.
Je ne me lasse décidement pas d'observer ces parades amoureuses, ces jeux de séduction, ces complots préparés en cachette, le tout sous les regards croisés des vrais naturistes désintéressés qui viennent en famille, et sous celui des voyeurs solitaires qui n'attendent rien de plus que de remplir leur imaginaire malsain d'images dérobées.
Au bout de deux heures de prélassage, de lecture et d'observations discrètes, et alors que le soleil de ce début-septembre commençait à décliner rapidement derrière les hautes falaises, nous décidâmes de plier bagages et d'attaquer la pénible remontée vers la corniche.
Au passage, nous vîment derrière un buisson nos deux couples s'entrelacer sensuellement comme s'ils se connaissaient depuis toujours, fusionnant leurs corps en un unique bloc de chair indifférent aux évènements extérieurs.
Autour d'eux et à distance réglementaire, une nuée de jeunes mecs en train de se branler énergiquement, telle une meute de prédateurs aux aguets, évitant nos regards affligés en laissant deviner un profond malaise teinté de honte et de culpabilité.
Yuka fit mine de ne rien voir et continua son ascension comme si de rien n'était.
Je n'entendis pas plus le son de sa voix qu'à l'aller et notre rencontre restera un mystère, comme si un éternel doute pèsera à jamais sur l'évidence de sa présence à mes côtés ce jour-là.

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