Extension du domaine de Lulu

Vendredi 2 septembre 2005

 
  Mercredi soir en sortant du boulot je me suis engouffré dans mon
Carrouf de proximité afin de me procurer le dernier Houellebecq, m'imaginant déja passer une folle nuit blanche de lecture.

 Arrivé au rayon bouquins, je vise la tete de gondole dédiée aux best-sellers pensant tomber sur une pile imposante de celui considéré comme l'évènement de la rentrée.
"Allez, déconnez pas, vous l'avez bien planqué hein, mais la je suis crevé, j'ai pas envie de jouer."

Bien en évidence s'affichaient les bonnes grosses daubes de l'été, Dolmen, Patrick Sébastien, l'intégrale Dan Brown, Dominique Rocheteau, Jean Passe et des meilleures. Ce qui ressemblait le plus à de la "littérature" était résumé au dernier Nothomb et au dernier Marc(-Henry) Lévy...

 "Et voila, je suis arrivé trop tard et ils ont déja tout écoulé depuis ce matin, pas étonnant avec tout ce battage médiatique".
N'ayant pas envie de repartir bredouille, je me mets à chercher un vendeur, pensant que peut être ils en avaient encore en stock dans leur réserve.
Visiblement les vendeurs étaient aussi rares que les bouquins de Houellebecq.

 Avant de laisser tomber, je me suis dirigé vers la caisse centrale afin de demander à une hôtesse d'accueil qu'elle me re-dirige vers un vendeur.
"Bonsoir mademoiselle, pourriez vous m'indiquer où je pourrais trouver le responsable du rayon culture s'il vous plait?"
L'hotesse toute french-manucurée et au brushing parfait me regarde avec des yeux inquiets comme si je lui avais parlé en ouzbecq:

 "Euh...oui, le jardinage c'est au fond, derrière l'électroménager".
"Oui...mais enfin...non, je voulais dire le rayon livres, disques, DVD quoi!"
"Ah pardon...oui pour les DVD vous allez voir Jean-Michel au rayon hi-fi informatique."
Va pour Jean-Michel, je n'avais pas le courage d'insister plus longuement et de harceler cette pauvre hôtesse.

 Je repérais de loin assez facilement le Jean-Michel en question avec sa bonne tête de Jean-Michel en train d'essayer de refourguer sa camelote taïwanaise à un petit vieux qui buvait ses paroles.
Arrivé à mon tour, je demandais au grand maitre des lieux s'il lui restait un exemplaire du dernier Houellebecq.
"Non, ce modèle-là ne me dit rien,mais par contre je vous conseille plutot d'essayer le dernier Samsung DVD-R121 qui vient de sortir et qui ..."

 Je n'ai pas attendu la fin de sa plaidoirie et me dirigeais déjà vers la sortie la plus proche à la recherche d'une grande bouffée d'oxygène, convulsé par d'irresistibles envies de foutre en l'air tous les rayonnages à ma portée.
A défaut de passer la nuit avec Michel, je la gâchais plutôt en cauchemardant sur Jean-Michel...


 Autant dire que le lendemain matin je n'étais pas d'humeur à supporter les fêtes que me fit comme à son habitude Anne-Charlotte ma collègue de bureau.

 "Et ben dis donc Lucien, tu m'as l'air bougon ce matin, t'as pas beaucoup dormi toi, t'as encore fait le coquin toute la nuit on dirait."
J'aurais tout donné pour la faire taire mais là, j'étais vraiment trop dépité et n'avais pas le courage d'affronter cette furie, pas avant 2 ou 3 cafés tout du moins.

 "Allez mon petit Lulu, arrete de faire ton Bacri et dis à Chacha ce qui va pas."

Ce que j'aimais chez elle c'était sa manière de me parler comme si elle s'adressait à un clébard pour qu'il fasse le beau et qu'il réclame son susucre en pointant le bout de sa bite.

 "Non merci, ça va, tu sais bien que je prends plus de sucre avec mon café" lachais- je dans un grand moment de vide et de désespoir.
Ma remarque la laissa stoïque et elle partie désabusée et frustrée de ne pas recevoir la petite part d'amour qu'elle attendait de moi, et ce depuis son réveil, comme tous les matins ouvrables.

 Anne-Charlotte vivait seule depuis trop longtemps et nourrissait envers moi des sentiments plus profonds que ceux qu'on s'attend à trouver habituellement sur un lieu de travail.

 "Excuse moi, j'ai pas réussi à trouver le dernier Houellebecq hier soir au Carrouf mais tu y es pour rien, j'ai pas à t'infliger ça".
"Ah oui, j'ai entendu parler de lui lundi soir chez Guillaume Durand.
J'aimerais bien lire un de ses livres pour pas mourir idiote."

 Là je me suis dit: "Y'a du boulot, peine perdue!"
"OK, je vais voir ce que je peux faire pour toi, je t'emmène ca demain, mais bon, je te préviens, te connaissant, tu risques de pas aimer."

 "T'inquiètes, je suis super curieuse de voir ça, et puis si ça te plait, ça ne peut que me plaire."

Allez, vas-y, rajoutes-en une couche au cas où j'aurais pas compris que t'as envie de moi et pas de mes bouquins.

 Le lendemain matin, comme prévu, je lui avais concocté un petit "pack de bienvenue" préparé amoureusement.
Sur son bureau l'attendait sagement un petit carton contenant "l'extension du domaine de la lutte", le premier Vincent Delerm, le dernier Christophe, le dernier Bashung, le DVD de "Seul contre tous" , et une boite de Prozac au cas où!
Si j'avais pu me procurer un flingue chargé, je l'aurais rajouté au paquet, ça m'aurait peut-être rendu service et à elle aussi d'ailleurs, mais bon, son petit ballet nuptial quotidien m'aurait manqué à la longue.
Y'a pas à dire, je vais pas cracher dans la soupe, ça aide quand même à faire passer les longues journées de boulot...
Par Lucien
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Samedi 24 septembre 2005

 
  Evidemment, comme c'était à prévoir, Anne-Charlotte faisait partie de la catégorie des gens qui trouvent Houellebecq nul.

Bientôt trois semaines que je lui avais prêté l'extension et toujours aucune réaction de sa part.
Cette semaine, dubitatif, je lui ai demandé si elle l'avait lu et elle m'a répondu d'un air écoeuré "c'est nul ton bouquin, j'ai lu une dizaine de pages et j'ai laissé tomber, il se passe rien et le mec sait pas écrire".
Boum, prends toi ça dans les dents mon p'tit gars, le temps que je récupère mon sang-froid, je lui réponds que "le contraire m'aurait étonné et que je n'en attendais pas moins de sa part", en lui faisant savoir que j'aurais bien aimé le récupérer avant qu'elle s'en serve de litière pour son con de chat.
De toute façon je me demande encore pourquoi je lui ai prêté ce bouquin vu qu'elle n'est pas habituée à ce genre de littérature.
C'est plutôt le genre à s'avaler des pavés France-loisirs le soir après son plateau-télé tout en commentant les grandes scènes d'amour à son chat castré qui lui sert de compagnon.
Autant donner de la confiture aux cochons en quelque sorte.
C'est sûr que chez Amélie Nothomb, Marc Lévy ou Alexandre Jardin, il se passe plus de trucs et qu'au moins eux ils ont un vrai style.
Bref, je ravalais ma rancoeur et éprouvais plutôt un sentiment de pitié envers cette pauvre fille à la vie peu enviable.

 Déjà plus de deux ans qu'elle s'était fait plaquer par son ex, pauvre gars, et depuis elle me la jouait désespérée et âme en peine.
Je sais pas pourquoi mais quand je suis arrivé dans la boîte, elle m'a tout de suite pris en sympathie et m'a nommé d'office "confident privilégié".
Sûrement que les autres mecs de la boîte avaient déjà dû l'envoyer bouler et qu'elle s'était rabattue sur le petit nouveau à l'allure sympathique.
Du coup, depuis ce temps-là, j'ai droit à son baratin habituel quotidien sur ses dernières galères, ses coups de blues, ses sempiternelles rangaines sur la difficulté de trouver un mec, enfin le bon mec.
Tout ça avec la manière, en me faisant à chaque fois son grand numéro de charme, et vas y que j'te drague, et pourquoi la vie elle est pas juste d'avoir donné une copine à Lulu, etc etc...

 Son dernier truc c'est qu'elle s'est ouvert un compte Meetic et qu'elle passe ses soirées à tchatter avec des pauvres types frustrés qui pensent qu'à la tirer.
Et le pire c'est qu'elle est tellement naïve qu'elle s'en rend même pas compte.
Elle, la grande romantique coincée, elle se jette dans la gueule du loup et balance photos, adresses électroniques et même numéros de téléphones au premier venu, croyant leurs sornettes de mecs cleans et réglos.
Du coup après, elle vient pleurer qu'elle se fait harceler toute la nuit au téléphone et qu'y a des mecs qui veulent même la pister.
J'ai beau lui expliquer que sur ce genre de sites elle ne tombera que sur des morts de faim, elle me traite de parano et continue à vouloir débusquer la perle rare.
Ce qui m'inquiète c'est qu'elle n'est même pas blonde, et en plus elle a un bon niveau d'études. On lui confie même des projets importants au sein de la boîte, des fois ça me fait peur.

 Bon évidemment, des fois elle a tellement la dalle qu'elle se laisse faire, elle va au rencart qu'on lui fixe et finit dans un pieu sans trop opposer de résistance.
Et le lundi matin, qui c'est qui se coltine les remords et les ressassages du week-end?...c'est bibi!

 Elle a beau avoir une bonne copine dans la boîte à qui elle raconte ses malheurs, l'autre cruche de Sandrine, encore une nouvelle qui vient d'arriver y'a 6 mois comme par hasard, n'empêche qu'elle continue à me prendre à partie comme si j'étais un peu son «coach sexuel».

 Des fois, j'ai l'impression de me sentir dans la peau du bon copain homo qui parle chiffons et cosméto, et qui aime bien cracher dans le même sens sur ces sales-petits-cons-de-mecs-hétéros.
Sauf que moi, j'en suis un, de sale-petit-con-de-mec-hétéro, mais que j'encaisse ses pleurnicheries sans moufter, en attendant que l'orage passe et parce que j'ai été bien éduqué et qu'on m'a enseigné l'écoute, le respect et l'amour du prochain comme dans toute bonne famille catho «middle-class».

 Ca ne veut pas dire que parfois je ne me surprenne pas en train d'échafauder des plans lubriques suscités par sa naïveté et sa stupidité, poussant le vice jusqu'à m'imaginer à la place de ses interlocuteurs et à lui infliger de longues séances de «dirty talk» nocturnes par claviers interposés.

 Mais à quoi bon, tous ces pénibles monologues finissent toujours par me déprimer profondément et j'en viens à prier le bon dieu qu'elle se trouve une victime le plus vite possible et qu'elle me libère enfin de ces interminables séances de torture qu'elle m'inflige quasi-quotidiennement.

 Je serai même prêt à l'aider pour écourter nos souffrances mais bon, j'ai pas que ça à foutre et puis moi aussi j'ai le droit d'avoir mes propres galères, même si son nombrilisme lui fait parfois oublier de s'intéresser un tant soi peu à ma vie privée.

 De toute façon, c'est pas plus mal, mieux vaut qu'elle n'y mette pas trop les pieds, ça risquerait de l'effaroucher tant nos centres d'intérêt sont divergents.
J'ai tenté de l'inviter dans mon univers en lui prêtant le Houellebecq, mais vu sa réaction, c'est même pas la peine que j'insiste.

 Elle m'a dit qu'avec toutes les galères qu'elle accumulait, elle aurait matière à écrire un bouquin. Je me suis permis de lui répondre que, vu ses goûts littéraires, ça risquait de marcher, mais qu'elle ferait tout de même mieux de se faire la main en ouvrant un blog.
Elle m'a répondu qu'elle y songerait...
Par Lucien
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Jeudi 6 octobre 2005

 
 La nuit dernière, chose parfaitement inhabituelle chez moi, j'ai fait un double rêve, un peu comme si j'avais subi une double-pénétration de mon subconscient.


 Déjà que ça ne m'arrive pas souvent de m'en rappeler ne serait-ce que d'un, alors là, deux dans la foulée, c'était Broadway.

 Comme j'étais dans un état second et pas très frais, je n'ai pas eu le courage de me lever pour retranscrire tout ça dans le feu de l'action.

 Je ne suis malheureusement pas comme certaines personnes qui, volontairement, se lèvent systématiquement en pleine nuit pour écrire, profitant de cet état semi-conscient pour coucher sur le papier des mots qui ne seraient jamais sortis en plein jour.


 De plus, il faut dire que je sortais d'une petite soirée-boulot un peu arrosée, d'où j'avais fait la connaissance de quelques collègues plutôt "intéressantes" que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam, et pour cause, elles ne font pas partie de mon service.

 Le fait est que vers 5 heures du mat, je me suis réveillé plutôt excité et en nage et que je me suis empressé de retranscrire sur un post-it le contenu de ces deux rêves successifs, bien distincts l'un de l'autre mais tout de même assez proches dans l'esprit.

 Dans le premier, j'étais visiblement quelqu'un de relativement connu et je me retrouvais au coeur d'une immense fête qui m'était apparemment destinée.
 Je reconnaissais autour de moi pas mal de mes amis parisiens de la bande des dégringolés et ce qui était plutôt cocasse dans cette situation, c'était que cette fête était organisée par Carl de Canada en personne, ennemi juré de la bande.

 Il y avait tout plein de "modasses" qui papillonnaient autour de moi et qui essayaient visiblement de se placer de manière assez intéressée, preuve supplémentaire de ma célébrité, même si ce qui me gênait dans l'histoire c'est que je n'arrivais pas à réaliser d'où venait cette reconnaissance.

 J'avais un peu l'impression d'avoir été "parachuté" à l'épicentre de ce vortex sans trop savoir pourquoi et que je faisais semblant de jouer un rôle de composition dans une totale improvisation, un peu comme si on m'avait placé dans un train ultra-rapide que je prenais en marche, sans savoir d'où il venait ni où il se dirigeait.

 C'était un mélange de sensations assez désagréables car je ne suis pas habitué à me retrouver sous les feux de la rampe, et en même temps assez grisantes car j'avais un peu l'impression d'être comme un coq en pâte et qu'il me suffisait de claquer des doigts pour avoir tout ce que je voulais.

 De même j'étais surpris de voir le parasitage de certaines vieilles connaissances perdues de vue depuis des lustres, qui me faisaient des courbettes comme si on avait toujours été les meilleurs amis du monde.
La fête battait son plein et les pires excès sévissaient autour de moi lorsque j'abandonnais ce doux cocon pour embrayer sur le second rêve.


 Changement de contexte, ambiance beaucoup plus terre-à-terre et également beaucoup plus réaliste.
Je me retrouvais téléporté en plein colloque professionnel, celui sur lequel je bosse depuis déja plusieurs semaines et qui contribue à me stresser au plus haut point.
Comme il s'agit d'un colloque interne à ma boîte, il se trouve que je connaissais la majorité des personnes composant le public.
Il devait y avoir une bonne centaine de collègues dans la salle de conférences et je me sentais minuscule et énormément vulnérable, seul au centre de cette immense estrade.
Tétanisé par le trac et l'enjeu peu habituel pour moi, je me suis, en l'espace d'un dixième de seconde, imaginé dans la peau d'un héros de one man show, ce qui m'a permis d'endosser un masque et de balayer d'un coup toute forme de stress.

 La suite relevait du surréalisme. Je me suis mis à déclamer la totalité de mon speech assez rébarbatif à la manière nonchalante et cynique d'un Franck Dubosc du secteur tertiaire.
 On était à mi-chemin entre "l'Extension du Domaine de la Lutte" et "On a tout essayé".
 Résultat des courses, ce qui devait être à la base une mise à mort lente et humiliante, se transforma en une grande bronca, l'auditoire était conquis et éclatait de rire à chacune de mes tirades.
 A la fin, j'eu même droit à une standing-ovation interminable.
 Certains collègues de mon service essayèrent même d'entamer une hola dans le grand amphithéatre.

 A cet instant précis, j'eus cette terrible révélation en direct et sans l'avoir préméditée:
je venais de trouver ma vocation, j'étais prédestiné à une carrière dans le comique.
Après toutes ces longues années mortelles en recherche et développement, je reçus en pleine face cette lumière aveuglante qui me montrait ouvertement la voie.
Jusqu'à présent, je me contentais juste de faire mon mariole à la cafet et au resto d'entreprise, testant un peu mon humour sur mes proches collègues, ce qui me valait au passage le respect de certains et un amour transi pour d'autres.
Je n'avais encore jamais eu l'occasion de tester mon humour à grande échelle devant un auditoire un peu plus fourni.

 Le pot qui suivi le colloque ne fit que confirmer ma nouvelle aura.
Toute la boîte se pressait pour me féliciter, des chefs de service me tapaient dans le dos comme de vieux potes, mes proches collaborateurs en profitaient pour se faire mousser en clamant à tout va qu'ils me côtoyaient au quotidien depuis des années, certaines collègues lointaines venaient me congratuler en usant de leurs charmes, profitant de leurs tenues d'apparat pour me faire perdre la raison. Peut être même que dans le tas il devait y en avoir quelques unes qui étaient présentes à la vraie soirée qui avait précédé ce rêve, et peut être même qu'elles devaient m'avoir royalement ignoré ce soir-là.

 C'est sur cette impression de revanche assez grisante que s'échoua mon second rêve.
Evidemment je fis rapidement le rapprochement entre les deux, comprenant mieux maintenant pour quelle raison je m'étais retrouvé quelques minutes plus tôt au sein de cette immense party branchée.
C'est la première fois que j'enchaînais deux rêves si liés l'un à l'autre, et surtout si réalistes et dépourvus de détails stupides et délirants comme souvent dans la plupart des rêves.

 Je ne sais pas si c'est prémonitoire mais ce qui est sûr, c'est que dans quelques semaines, quand je vais monter sur la grande estrade de la salle de conférences de ma boîte, je pourrai difficilement ne pas y penser, et au pire, même si ça ne se passe pas vraiment comme dans mon rêve, ça me permettra au moins d'évacuer mon trac...
Par Lucien
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Lundi 31 octobre 2005


  Ce samedi soir, tout le service était invité chez Sandrine qui pendait sa crémaillère avec son nouveau mec.
Ca m’emballait moyen mais bon, à défaut de mieux…

 Sandrine c’est une petite nouvelle qui est arrivée dans la boîte y’a à peu près 6 mois, le genre fraîchement sortie d’une école d’ingénieurs et bardée de diplômes, une tête de première de la classe mais pourvue d’un charisme d’huître.
En plus, elle a beau jouer à la djeune sympa et cool, c’est pas crédible pour deux sous et tout ce qui ressort de sa personnalité, c’est qu’on a envie de la baffer à chaque fois qu’elle ouvre la bouche.
Anne-Charlotte à côté, c’est Marie Curie, vous imaginez le foudre de guerre qu’est Sandrine.

 Si je la compare à Anne-Charlotte, c’est qu’au départ, elles ont pas mal de points communs, d’ailleurs quand Sandrine est arrivée, elles étaient comme cul et chemise toutes les deux.
Sandrine était célibataire et ça se savait.
C’est qu’elle m’en a pourri des chemises à venir me chialer dans les bras les matins où ça n’allait pas fort.
A un moment j’ai vraiment cru qu’y avait marqué «Bureau des lamentations» sur la porte de mon bocal.
J’en ai perdu des heures à essayer de lui faire remonter la pente, alors qu’Anne-Charlotte pendant ce temps gardait toute sa dignité de vieille fille mûre et mettait un point d’honneur à éviter cette humiliation.
 
 Physiquement, autant Anne-Charlotte en imposait avec ses 35 ans bien sonnés, toute en classe et en retenue, autant Sandrine et ses 10 ans de moins, n’hésitait pas parfois à se la jouer «petite salope» en total look «Etam Junior». Cheap et vulgaire.

Et le pire c’est que ça marchait, y’en a un paquet de mecs qui se sont fait embobiner.
Ca allait de l’ouvrier de maintenance au livreur de colis en passant par ce brave con de Jean-Luc, un de mes plus vieux collaborateurs, crédible de par son boulot, mais ayant la fâcheuse tendance d’avoir une bite à la place du cerveau.
Jean-Luc c’est le genre de mec qui s’est tapé la moitié de la boîte en moins de temps que moi j’ai mis à assimiler les prénoms des collègues de mon propre service.

 Non, des mecs elle avait pas trop de mal à en trouver Sandrine, mais le problème c’est qu’elle ne savait pas ce qu’elle voulait, et elle les jetait aussi vite qu’elle les avait aguichés.
Jean-Luc il s’en foutait, lui ce qu’il voulait c’était gonfler son score.
Quant à moi, ça n’a jamais été trop mon truc les filles faciles, à choisir je préfère encore cette grande berge d’Anne-Charlotte et ses problèmes existentiels de trentenaire.

 Bref, il se trouve qu’il y a à peu près 2 ou 3 mois, au retour des grandes vacances, Sandrine est allée clamer dans tous les couloirs qu’elle avait enfin trouvé le grand amour, le collègue d’un de ses potes ingénieurs à la con dans une grosse boîte d’informatique.
S’en est suivie une longue période douloureuse d’intense bonheur et de romantisme exacerbé.
Elle passait sans transition de la "petite pute" au cerveau d’oisillon, à la "nounouille" au cœur d’artichaut.
Finis les pleurs et les coups de blues, place aux déferlements de joie et aux récits de ses longs week-ends à courir sur la plage main dans la main et à dîner aux chandelles dans des auberges du "Routard".
Pour couronner le tout ils ont fini par se trouver un petit nid d’amoureux à peine 3 mois après leur rencontre, c’est ça la jeunesse d’aujourd’hui.


 J’ai fait exprès d’arriver bien en retard et de picoler allègrement avant d’y aller, pour éviter d’affronter la déprime qui m’attendait à cette soirée.
Quand je suis arrivé, vers 22h, la fête battait son plein, il devait y avoir une cinquantaine de personnes et de la musique de merde s’échappait de la mini-chaîne «BlueSky» achetée à "Carrouf".
C’est le mec de Sandrine qui est venu m’ouvrir, Benoît, mais il m’a dit que je pouvais l’appeler Ben, ça commençait bien.
Son look était conforme à ce à quoi je m’attendais : 1m90, tout maigre, truffé d’acné, avec des grosses lunettes et une forêt vierge sur la tête. L’archétype du nerd.
Quand je pense qu’elle était aveuglée par l’amour, aveuglée était pour une fois le mot le plus proche de la réalité.

 La maîtresse de maison était occupée à danser un jerk endiablé avec ses copines sur son tapis "Ikéa", accoutrée avec sa tenue spéciale grandes occases, body moulant option «seins qui pointent», mini-jupe en skaï et bottes à talons «écrase-merde» avec l'étiquette du prix encore collée dessous.

 Jean-Luc était déjà aux avant-postes, prêt à bondir, les yeux exorbités et la «poutre apparente».
Il avait sa tête des grands jours, déjà 2 grammes d’alcool dans les veines et il tentait de préparer une phase d’approche sur une des copines de Sandrine, tout en gardant un œil sur la micro-jupe flottante de celle-ci.

 Alors que je scrutais vaguement le salon rempli de la moitié du service «Recherche et Développement», Anne-Charlotte me tomba dessus sans crier gare, elle était déjà saoule et en manque d’amour.
N’importe qui aurait pu abuser d’elle dans son état, mais personne ne prit le risque de foutre en l’air sa réputation et sa crédibilité au sein de la boîte.
Même Jean-Luc faisait tout pour la fuir, attiré qu’il était par la chair fraîche de la basse-cour qui gravitait autour de Sandrine.

 Ayant réussi à refourguer la masse molle d’Anne-Charlotte à un jeune stagiaire puceau récemment débarqué, j’entrepris une petite visite des lieux.
Tous les indices étaient au rouge. La bibliothèque en kit de chez "But" regorgeait de tout ce qui se faisait de pire en mauvais goût. Ca allait de la filmographie complète d’ «Audrey Tautou» en DVD à l’intégrale d’ «Amélie Nothomb» et d’ «Alexandre Jardin» en poche en passant par des compiles roumaines d’ «Abba» au mieux et du tout «Obispo» au pire.

 Alors que je faisais semblant de scruter les étagères de manière savante, Sandrine vint m’embrasser avec son haleine avinée en me demandant si tout était à mon goût et si je m’amusais bien.
Aux deux questions, je fus obligé de mentir lâchement afin de me débarrasser au plus vite de ce boulet.

 Heureusement pour moi, Alain notre chef de service vint s’intercaler entre nous afin de s’entretenir culture avec moi.
Alain était lui aussi venu seul, laissant bobonne et ses 3 gosses dans son pavillon «Catherine Mamet».
Alain était le genre «Ultra-savant» et mondialement reconnu, mais en compensation il était sexuellement  coincé, tendance «balai dans le cul», le parfait «quadra catho».
De surcroît il possédait des goûts de merde en culture et ne savait de toute façon que parler de ce qu’il maîtrisait le mieux : son boulot.
Voyant que j’avais eu le malheur de viser les bouquins, il se lança dans une longue tirade sur la rentrée littéraire en me récitant tout ce qu’il avait gentiment ingurgité dans le «Figaro Mag».
A ce moment-là, j’étouffais une irrésistible envie de me mettre à hurler à la mort tel un chien à l’agonie.

 Je prétextais une envie pressante et me dirigeais vers la salle de bains que Jean-Luc n’allait pas tarder à transformer en "baisodrome" de campagne.
Il était affairé entre deux grandes gigues que j’avais déjà repérées en rentrant, sûrement des copines de Sandrine, en tout cas elles avaient adopté le même accoutrement racoleur.
Jean-Luc visiblement n’en pouvait plus, il avait les yeux qui criaient famine et était sur le point de se faire péter la braguette.
Apparemment je dérangeais car il était à deux doigts de changer de braquet.
J’aurais bien aimé faire plus ample connaissance avec ces deux petites "pétasses" mais le Jean-Luc n’est pas très prêteur et me fit comprendre d’aller voir à côté si il y était.

 De dépit, je me dirigeais vers la cuisine, dernier havre pour alcooliques notoires.
Evidemment j’y croisais les poivrasses de services, Gilles mon pote de bureau qui se roulait pétard sur pétard en se descendant les "8.6" en rafale, Bernard l’ingénieur-en-chef-des-services-techniques qui noyait sa déprime en crachant sa bile de pré-retraité aigri, plus quelques potes de Benoît alias Ben qui jouaient aux grands en essayant de se mesurer à nous.

 Vers 2h du mat, le frigo vide sonna l’heure du départ.
Je me dirigeais donc à tâtons vers la sortie, enjambant de jeunes informaticiens à lunettes discutant programmation "JAVA", assis sagement en tailleur dans le couloir d’entrée tout en sirotant leurs "Coca Light".
Visiblement Jean-Luc avait fini par arriver à ses fins car il pelotait goulûment l'une des deux donzelles dans un coin du canapé en skaï du salon.
Quelques crétins dansaient encore stupidement sur de vieilles daubes de "Dance italienne" sorties d’obscures compiles "M6" des années 90.
Un des leurs avait monopolisé la mini-chaîne quasiment toute la soirée en faisant le beau devant les filles.
A l’autre bout du salon, Anne-Charlotte était encore en grande discussion avec le petit puceau que je lui avais mis dans les pattes en début de soirée.
Apparemment, nulle trace d’ouverture n’était à entrevoir de ce côté-là.

 Discrètement, je me faufilais vers la porte de l’appart sans que personne ne me remarque.
Je redoutais toujours ces départs de fins de soirées et priais le bon dieu de ne pas être obligé de faire des adieux collectifs, cérémonie humiliante à souhait.
Raté, à peine sorti de l’appart, je croisais Sandrine qui remontait dans l’escalier, livide.
Elle m’expliqua non sans mal qu’elle était allée prendre l’air dans la cour de l’immeuble au moment où elle avait senti la nausée prendre possession de son corps.
C’est fou ce que, tout d’un coup, elle m’était devenue désirable, à moitié mourante, la peau moite et suintante, le body moulé sur ses petits seins en poire, la jupette froissée et les bottes souillées de traces de gerbe.
Si je ne m’étais pas retenu, j’aurais pu lui offrir un cadeau de crémaillère, là, à même le palier.
Histoire de me faire pardonner d’être arrivé les mains vides…
Par Lucien
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Lundi 7 novembre 2005


 Après ce pont du 1er novembre, nous nous sommes tous retrouvé un midi au restaurant d’entreprise et évidemment, un con a demandé si on avait passé un bon week-end, ça se fait couramment dans les repas en restaurants d’entreprises, surtout lorsqu’on y mange en présence de cons.

Comme prévu, tout le monde s’est prêté au petit jeu du tour de table avec moult surenchères sur celui ou celle qui aura passé le plus fabuleux week-end à faire des activités toutes plus baroques les unes que les autres.

 Arrivé à mon tour, et alors que je venais tout juste d’en finir d’un corps à corps pénible avec la ficelle de ma paupiette, je jetais un léger froid en apprenant à ma tablée de collègues que je m’étais branché une vieille bourge sur une plage naturiste et que j’avais fini dans son pieu, attaché comme une vulgaire paupiette à lui servir d’objet sexuel.
J’avais dit ça froidement, le plus sérieusement possible, et je jubilais intérieurement en voyant la plupart de ces pisse-froid plonger le nez dans leur assiette en faisant semblant de ne pas m’avoir entendu.
C’est sûr que mon intervention a légèrement calmé l’ambiance et qu’on était bien loin des formidables récits de balade en forêt en VTT d’Alain, du ramassage de champignons d’Anne-Charlotte ou de nettoyage d’appart de Sandrine.
Seul Jean-Luc avait failli s’étouffer avec sa ficelle à force de rire comme un crétin, lui qui avait du passer tout le week-end à l’abri de la lumière du jour, tout occupé qu’il était à se taper la copine de Sandrine la plus vulgaire qu’il ait pu trouver pendant la crémaillère.
Du coup, le tour de table en est resté là et Alain a embrayé sur l’état du projet que l’on devait rendre prochainement.

 En revenant au bureau, je fis remarquer à Sandrine que j’avais beaucoup aimé sa petite tenue de maîtresse de maison de l’autre soir, ce qui eut le chic de la faire rougir instantanément.
En revanche, Anne-Charlotte tirait une gueule mémorable, vexée qu’elle était d’avoir été épargnée par mes compliments.
J’aime bien créer ce genre de petites tensions dans ma basse-cour.

 Pour rajouter une petite couche de malaise, je me mis à vanter les vertus du dernier Bret Easton Ellis au coin café avec mon pote Gilles, le seul avec qui je pouvais entretenir des conversations culturelles dignes de ce nom.
Evidemment, Anne-Charlotte ne put s’empêcher de venir s’immiscer dans notre dialogue et elle me sorti son grand classique :
«C’est bien ça?...Tu crois que ça pourrait me plaire?»

 Je sautais sur l’occasion pour lui répondre qu’elle adorerait.
«Tu devrais commencer par American Psycho, ça parle d’un mec qui s’ennuie tellement à son boulot et qui supporte si peu ses collègues femmes qu’il les trucide en les clouant au mur et en leur arrachant leur utérus à pleines mains alors qu’elles sont encore conscientes».

 Je venais de trouver un moyen radical de me débarrasser de ce boulet sans employer ni menace ni violence, juste en plaçant la phrase qu’il fallait au bon moment.
Exit Anne-Charlotte qui retroussa chemin avec une mine dégoûtée alors que Gilles me faisait comprendre que j’y étais allé un peu fort sur ce coup-là.
Mais au moins là, elle savait à quoi s’en tenir avec moi et peut être que dorénavant elle prendrait un peu plus ses distances si elle ne voulait pas me voir mettre en pratique mes saines lectures.

 Visiblement, ce petit conseil littéraire avait du la perturber car, le soir même, elle avait déserté son bureau en oubliant d’éteindre son ordinateur, chose qu’elle fait rarement.
Au moment de partir, voyant son écran allumé, et alors que je m’apprêtais à l’éteindre, je remarquais que cette cruche avait oublié de se déconnecter de son tchat «Meetic».
Par curiosité et en vérifiant autour de moi que personne ne pouvait me voir, je voulus en savoir un peu plus sur son passe-temps favori, la chasse à l’homme.

 Comme elle était toujours connectée, les mecs continuaient à lui envoyer des messages et certains s’impatientaient de ne recevoir aucune réponse.
En plus des fenêtres déjà existantes où s’accumulaient des lignes et des lignes de messages dont certains étaient à peine compréhensibles, de nouvelles fenêtres s’ouvraient en permanence témoignant du grand nombre d’admirateurs que contenait le carnet d’adresse de cette petite coquine.
Je fus rapidement dépassé par les évènements et ne savais comment réagir face à ce «gang-bang» virtuel.
Alors que j’avais au départ caressé l’idée d’endosser le rôle d’Anne-Charlotte et de reprendre la main laissée vacante pour me payer une bonne tranche de rigolade, je décidais plutôt de vite éteindre cette usine à gaz avant le plantage total du système.
Mais avant de cliquer sur «se déconnecter», je relevais quand même son adresse MSN et en profitait également pour jeter un coup d’œil rapide sur son profil.

Ainsi, "Chatoune06" se décrivait dans son annonce comme une grande romantique à la recherche de son prince charmant.
Là ça commençait très fort et j’étais plutôt rassuré de savoir les locaux vidés de mes collègues dus à cette heure tardive, car je ne pus rien pour contrecarrer un grand éclat de rire que je mis quelques minutes à calmer.

 D’un bon niveau d’études, elle était cadre dans le tertiaire, adepte de longues balades en forêt à ses heures perdues, ainsi que dévoreuse de romans d’aventures et de films sentimentaux, quand elle trouvait le temps entre son travail harassant et de longues séances de câlins avec son chat tigré.
 C’en était trop, j’avais eu beau fermer la porte de son bocal, j’étais obligé de me mordre les lèvres à en saigner pour ne pas alerter les mecs de la sécu et les femmes de ménage.

 La photo qu’elle avait jointe à son profil la mettait plutôt en valeur et je comprenais mieux maintenant pourquoi ça se bousculait au portillon pour arracher un rendez-vous avec Chatoune06.

 Le prince charmant, d’après elle, devait avant tout être tendre, respectueux, prévenant, cultivé mais devait également savoir la faire rire et aimer les animaux.
Toutes ces spécifications me rassuraient au plus haut point car elles m’excluaient d’entrée de ce casting de rêve.

 Je décidais donc d’abréger cette séance de voyeurisme involontaire en délivrant Anne-Chatoune du cyber-espace et en laissant tous ces princes charmants putatifs la queue entre les jambes, obligés de se finir devant l'inscription «Chatoune06 vient de se déconnecter».

 Arrivé chez moi, cette petite histoire m’ayant passablement émoustillé, je me jetais sur mon ordinateur portable, me connectais à Internet et ouvrais ma messagerie MSN en y rajoutant l’adresse de la Belle au bois dormant.

 J’eus la surprise de voir que la Belle était déjà connectée et j’eus à peine le temps de me trouver un pseudo qui m’assurerait un total anonymat.
Le premier truc qui me vint à l’esprit fut «Félin_pour_l’autre», va savoir pourquoi.

 Après quelques longues minutes d’attente et voyant que Chatoune n’était pas le genre à faire le premier pas, je pris mon courage à deux mains et décida d’entamer la conversation.

«Bonsoir belle féline»
Une bonne minute s’écoula avant que vienne s’inscrire sa réponse.
«Bonsoir, qui es-tu, on se connaît?»
«Non, pas encore»
«Mais comment as-tu eu connaissance de mon adresse?»
«Je traîne sur Meetic parfois et ton annonce m’a beaucoup plu»
«Ah bon, c’est vrai?»
«Oui, sincèrement»
«Parle-moi un peu de toi»
«Je m’appelle Lucas, j’ai 35 ans, je suis grand, brun, sportif. Je suis informaticien dans une grosse boîte de Sophia-Antipolis mais je trouve quand même le temps de m’occuper de mon corps, de faire des randos le week-end, de sortir le soir avec des amis et d’être aussi à l’écoute de mes proches»
«Très intéressant tout ça Lucas. Et comment imagines-tu l’élue de ton cœur?»
«Ayant les mêmes passions et les mêmes idéaux que moi, une battante dans la vie mais sachant être tendre avec son partenaire»

 Tout en déblatérant ce lot de conneries à l’instinct, je n’arrivais pas à imaginer que c’était moi qui me faisais passer pour l’archétype de ce qui me fait le plus gerber dans ce milieu de winners. J’étais vraiment prêt à toutes les bassesses pour qu’elle ne m’inhibe pas de sa guest-list.
Mais voyant que ça virait un peu trop au mièvre à mon goût, j’orientais légèrement le dialogue sur des pentes plus sablonneuses afin de la pousser dans ses retranchements.

«Et toi, que ferais-tu pour séduire un homme qui t’aurait tapé dans l’œil?»
«Euh…je…euh, et bien…je…je sortirais mes griffes, je ferais ressortir ce qu’il y a de plus félin en moi et je miaulerais de longues tirades amoureuses en me frottant délicatement contre ce gros matou»

 Quand je pense que quelques heures auparavant, je la menaçais encore de la clouer au mur pour la faire taire et disparaître de mon champ visuel, j’eus un peu de mal à constater que c’était bel et bien cette même Anne-Charlotte qui commençait à me titiller le bas-ventre.
Mais voyant qu’elle agrippait facilement les perches que je lui tendais, je tentais d’enclencher la seconde et embrayais cash, juste pour voir si ça passait ou si ça cassait, qu’avais-je à perdre ?

«A choisir, tu préfèrerai lui faire la cour entièrement nue, en petit déshabillé sexy ou plutôt en tenue de Catwoman?»
«Euh…hum…, je sais pas moi…, disons en déshabillé sexy»
«Ah bon, tu as donc déjà ce qu’il faut, au cas où?»
«Mais tu es plutôt indiscret pour un parfait inconnu, je suis pas obligée de te raconter ma vie après tout»
«OK, excuse moi, je vais te laisser»
«Non, attends encore un peu, je…, oui j’ai ce qu’il faut à la maison, même si je m’en sers pas assez souvent à mon goût»
«Tiens donc, et elle consiste en quoi ta petite tenue d’apparat?»
«Euh…eh bien, c’est un ensemble Aubade, avec un bustier pigeonnant mauve satiné, un string assorti et des porte-jarretelles soutenant des bas-couture couleur chair»

 Ce qui n’était au départ qu’un simple titillement commençait sérieusement à me déformer mon bas de costard Agnès B., et de visualiser ma collègue troquer ses tailleurs austères contre une tenue de séductrice du dimanche relevait à la fois du surréalisme comme du pathétique.

«Mais dis-moi Chatoune, tu permets que je t’appelle Chatoune, tu m’as l’air d’être une sacrée coquine derrière tes airs de grande sentimentale?»
«Ben oui, pourquoi, c’est incompatible?»
«Non, au contraire, ce sont les femmes comme toi qui abritent les brasiers les plus incandescents»

 J’étais vraiment prêt à ne rien lâcher et à me confondre avec tous les pires clichés des plus belles heures de la collection Harlequin. Sans vraiment le vouloir, je venais de passer la troisième en douceur.

«C’est beau ce que tu me dis Lucas, c’est rare qu’on me dise de telles choses d’habitude»
«Ah bon, qu’est ce qu’on te dit d’habitude?»
«Et bien soit les mecs ne savent pas parler et m’écrivent de manière incompréhensible, soit ils veulent tout de suite me voir en photo ou en webcam, quand ce n’est pas qu’ils veulent rappliquer chez moi dans la foulée»
«Et moi, ça veut dire que je n’ai pas le droit de rappliquer chez toi?»

 Qu’est ce qu’il me prenait ? Je venais de passer la quatrième en deux coups de cuillère à pot en me foutant éperdument des limitations de vitesse.

«Euh…mais non, je…j’ai pas dit ça, toi c’est pas pareil, tu…tu peux évidemment»
«Et si je débarque chez toi ce soir, tu me recevras avec ta tenue Aubade?»
«Hum…je…tu, si tu y tiens…pourquoi pas, enfin je veux dire…oui bien sûr»
«Et tu me laisserais t’effeuiller sans broncher jusqu’à te retrouver nue face à moi?»
«Viens, je t’attends, je vais te donner mon adresse…»
«Non, stop, je ne veux pas le savoir, je ne viendrai pas de toute façon, je n’aime pas les filles faciles comme toi, au revoir»

 Je me déconnectais dans la foulée, éteignais mon ordinateur et allais me griller une clope dans le jardin comme si je venais de me corrompre dans une sale affaire de cul inavouable qui m’aurait laissé un sale goût dans la bouche.
J’avais envie d’une bonne douche, d’avaler un Stilnox et de me foutre au pieu en essayant de vite oublier l’image d’Anne-Charlotte en bas-couture chair qui polluait mon esprit.

 J’appréhendais la journée du lendemain et l’idée de devoir croiser son regard en repensant à la pitoyable facilité avec laquelle elle avait répondu à mes avances.
A l’occasion, il faudrait vraiment que je la motive pour qu’elle s’inscrive à un de ces stages de «techniques décisionnelles et management en entreprise».
Elle en aurait vraiment besoin…
Par Lucien
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Dimanche 13 novembre 2005
 

 Evidemment, rien ne s’est passé comme dans mon rêve du mois dernier.

Je me suis contenté d’assommer tout l’auditoire en déroulant un tapis de datas toutes plus absconses les unes que les autres jusqu’à l’épilogue classique sur les "perspectives d’avenir".
J’ai tout de même tenté deux ou trois effets comiques plus ou moins volontaires qui ont eu l’air de faire mouche, ce qui m’a permis de ressentir pour la première fois la jouissance intérieure d’arriver à faire rire de bon cœur une bonne centaine de personnes.
Quelque part j’étais donc rassuré quant à mon éventuel potentiel de comédien en herbe, mais dans les faits, malgré quelques félicitations et encouragements, je ne fus pas vraiment le héros de la soirée de fin d’année tel que je le laissais entrevoir dans mon rêve.

 Cela aurait pu me plonger dans une déprime noire et me faire sombrer dans l’alcool au point de me ridiculiser une nouvelle fois devant mes collègues, si je n’avais pas été interpellé par une des nanas les plus mignonnes de la boîte.
Relativement discrète habituellement, je l’avais tout de même déjà repérée depuis son arrivée récente il y a quelques mois et l’avais même assez bien placée dans mon "top five" Convex.
C’est d’elle-même qu’elle vint s’installer à mes côtés à la table qui était destinée à mon service, ce qui eut le chic de mettre Anne-Charlotte dans tous ses états, malgré le fait qu’elle se faisait beaucoup plus distante depuis l’épisode littéraire du coin café.

 Comme nous n’avions jamais eu l’occasion de faire les présentations d’usage, elle me demanda l’autorisation de s’asseoir à côté de moi afin de rompre la glace et mieux se connaître.
Evidemment je ne pus lui refuser cette demande, fier que j’étais de rendre jaloux à la fois Anne-Charlotte mais aussi Jean-Luc qui s’était empressé de se placer gagnant juste en face d’elle.
Je m’inquiétais du fait qu’elle ne rejoigne pas la table de son service, mais elle me répondit que celle-ci était déjà complète et qu’en plus de cela, elle ne tenait pas spécialement à dîner avec ses collègues.

 Elle me dit s’appeler Marjorie et être stagiaire depuis six mois dans le service "plateforme screening".
J'ai feint la surprise et l’intérêt même si je connaissais déjà ces informations depuis longtemps.
Elle m’avoua qu’elle avait un peu de mal avec ses nouvelles fonctions, que ce soit au niveau du boulot, de l’ambiance, de ses collègues ou de son chef de service.
A nouveau, elle ne m’apprit rien que je ne connaissais déjà tant la réputation de ce service avait fait le tour de la boîte depuis pas mal de temps.
Puis elle me confia qu’elle avait beaucoup aimé mon speech et qu’elle trouvait mes travaux beaucoup plus passionnants que la routine à laquelle on l’avait soumise depuis son arrivée.
Je lui conseillai donc en plaisantant de faire une demande de mutation interne, ce qui crispa encore plus le visage tiré d’Anne-Charlotte qui ne pouvait s’empêcher de tendre une oreille vers notre conversation, mais qui, par contre, plongea celui de Jean-Luc dans un état de joie incommensurable.
Elle me répondit que ce n’était pas l’envie qui lui manquait mais plutôt le fait qu’elle s’était engagée moralement auprès de son chef qui lui avait promis un poste dans son service dans le courant de l’année à venir.
Je reconnaissais bien là ce cher Laurent, réputé pour ne recruter que sur photos et amateur notoire de harcèlement sexuel à ses heures perdues.

 Visiblement je voyais qu’au cours du repas, je ne laissais pas Marjorie indifférente ce qui commençait sérieusement à agacer ce brave Jean-Luc, peu habitué qu’il était à voir une nana résister à ses charmes d’acteur porno de seconde zone.
A un moment donné, une fois éliminées les pénibles discussions inhérentes à la vie de l’entreprise, elle voulut en savoir un peu plus sur ma vie privée.
Comme d’habitude dans ces situations-là, je jouais franc-jeu en lui apprenant que je vivais en couple, ce qui redonna une lueur d’espoir dans le regard éteint de Jean-Luc.
Elle m’avoua également qu’elle était mariée mais que ça n’allait pas fort non plus à ce niveau-là.
Je crois que c’est à ce moment-là que Jean-Luc reprit forme humaine et redemanda à la serveuse une autre bouteille de Bandol.
Pour lui la soirée commençait à prendre une bonne tournure, alors que pour moi la partie s’annonçait pour le moins délicate.

 A la fin du repas, un DJ de mariage avait été alloué pour assurer l’ambiance musicale, ce qui, vu son look et ses goûts musicaux me laissait envisager un départ plutôt imminent.
Dès les premiers tours de platine, je n’eus pas le temps de me retourner que déjà ce cher Jean-Luc avait invité Marjorie sur la piste de danse improvisée.
Visiblement il avait hâte d’en découdre et avait l’air passablement énervé de s’être fait piquer la vedette tout le long du repas.
Marjorie quant à elle n’avait pas osé refuser les assauts du grand gaillard et n’arrêtait pas de me lancer des regards désespérés.

 Du coup, me voyant esseulé et toujours attablé à finir les fonds de Bandol qui traînaient , Sandrine vint à ma rencontre pour essayer de me dérider, exercice qu’elle maîtrise à la perfection.
Elle avait de nouveau revêtu sa tenue de crémaillère, ce qui lui assurait un certain succès auprès des cadres un peu coincés qui gravitaient autour de la piste.
J’eus beau faire un maximum de résistance, elle finit quand même par arriver à ses fins et à me traîner tant bien que mal jusqu’au reste des troupes.

 Nous n’étions qu’à deux mètres de Jean-Luc et Marjorie et de là, je pouvais aisément faire un rapide état des lieux. Il avait terminé la phase d’approche et attaquait les choses sérieuses.
J’admirais son efficacité : En dix minutes, il en savait déjà plus sur sa cavalière que moi de tout le repas. En cela, j’avoue qu’il restait mon maître absolu en la matière.

 De mon côté, je profitais de l’occasion pour essayer de faire de même avec Sandrine qui n’attendait que cela pour exciter un peu les nouveaux stagiaires fraîchement débarqués.
Elle avait beau être maquée, le naturel reprenait rapidement le dessus passés les deux grammes d’alcool dans le sang.
J’avais l’impression de me retrouver dans une de ces boîtes glauques de la vieille ville et de serrer une entraîneuse sous les regards fringants de jeunes puceaux aux couilles pleines.
Tout en essayant de suivre les pas incompréhensibles de Sandrine lors de la sempiternelle et humiliante série salsa, j’en profitais pour joindre l’inutile à l’agréable en plaquant mes mains contre sa micro-jupe en skaï à la recherche des prémices de son string.
Voyant que j’avais un peu de mal à délimiter la chose, elle me glissa à l’oreille que c’était peine perdue, elle avait en effet opté pour la formule "micro-ficelle" ultra-confidentielle, une espèce de quintessence du string en quelque sorte.
Son éclaircissement porta ses fruits dans la seconde puisque ma réaction fut un peu moins confidentielle, en tout cas tout du moins pour Sandrine qui sembla me féliciter du regard d’avoir retrouvé ma fougue perdue.
J’essayais tant bien que mal de cacher ce soudain malaise et de scruter furtivement autour de moi si cet incident était resté anecdotique.
Malheureusement pour moi, vu tous les regards qui étaient braqués sur le cul de Sandrine, j’angoissais déjà à l’idée de ce qui allait se raconter dans les couloirs dès ce lundi matin.

 Par contre, ma seule satisfaction était que Marjorie ne semblait s’être rendu compte de rien, tout accaparée qu’elle était par les assauts permanents de Jean-Luc.
De plus, j’eus aussi la joie de découvrir que mon concurrent direct, à ma différence, n’était pas encore passé à la phase d’exploration du string, sa cavalière le maintenant à distance raisonnable de toute approche tactile.

 A un moment donné, sentant que Sandrine était dans un grand soir et qu’elle ne se contenterait pas d’une simple discussion lingerie, je préférais limiter les dégâts en la confiant au premier stagiaire venu qui traînait sa frustration le long du bord de la piste, geste qui, je n’en doutais pas, m’assurerait certainement de la part de celui-ci, la plus profonde reconnaissance lors de notre prochaine rencontre.

 De son côté par contre, Jean-Luc ne semblait pas vouloir faire preuve d'autant de générosité et avait l’air fermement décidé à aller jusqu’au bout avec Marjorie.
Pour lui, ce genre de réunions professionnelles n’avait qu’une seule utilité : étoffer son tableau de chasse et combler les retards engendrés par le turn-over régulier de stagiaires.
Connaissant l’animal et voyant que mes chances de récupérer Marjorie étaient aussi épaisses que le micro-string de Sandrine, j’optais pour la solution du repli stratégique et du départ discret.

 Au moment de quitter le restaurant, j’entendis dans mon dos la voix de Marjorie qui semblait vexée de ne pas avoir eu droit à des adieux officiels.
Je fus surpris de ne pas apercevoir la silhouette imposante de Jean-Luc à ses côtés, mais elle me rassura en m’apprenant qu’elle l’avait finalement envoyé sur les roses au moment où il avait décidé de passer de la parole au geste.
Nous laissâmes donc sans regrets derrière nous Sandrine entourée d’admirateurs encravatés et Jean-Luc déjà reparti à la chasse à la stagiaire, rien que du grand classique.

 Je raccompagnais donc Marjorie à sa voiture en lui promettant que j’allais essayer de toucher deux mots au "Big Boss" sur un éventuel changement d’affectation, même si je savais que c’était peine perdue et qu’en plus ça n’aurait pas non plus vraiment rendu service à aucun de nous deux.
C’est en lui expliquant cette vision des choses que je la laissais à ses cogitations existentielles et que je lui souhaitais un bon week-end, tout en ne pouvant refuser une dernière bise à laquelle elle avait tant l’air de tenir.
En quittant le parking, je lançais un dernier regard vers le restaurant où la fête continuait à battre son plein tout en repensant à mon rêve qui, finalement, possédait quand même une infime part de vérité…
Par Lucien
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Vendredi 6 janvier 2006

















 Les années se suivent et se ressemblent toutes.

Comme chaque fois à la même époque, je redoute le retour de vacances de Noël et les retrouvailles avec mes collègues.
Déjà que ces périodes de fêtes sont déprimantes au possible pour quelqu’un comme moi dont la vie familiale pourrait tenir sur un timbre poste ou au mieux sur un string de Sandrine, mais alors le retour au boulot et les cérémoniaux de début d’année, autant dire que je préférerais hiberner de début décembre à début février pour éviter d’affronter ça.

 Je suis donc arrivé lundi matin très tôt, sur la pointe des pieds et en faisant bien attention de  raser les murs et de ne pas faire trop de bruit avec les portes à battants.
Surtout éviter exceptionnellement le coin café ou toute autre sortie du bocal inutile et hasardeuse, même pour une envie pressente.
Rester calé sagement dans son fauteuil à compulser la centaine de mails professionnels reçus pendant les congés, et éventuellement y répondre.

 Mais malgré toutes ces précautions autistiques, je dus tout de même me résigner à admettre mon taux de popularité au va-et-vient incessant qui s’opéra dans mon bureau durant toute la matinée.
Sans même bouger le cul de ma chaise, j’eus droit à la visite de tout le service au complet, les uns après les autres, à croire qu’ils devaient me prendre pour le pape à quelques heures de sa mort, j’en sais rien.
A la rigueur, j’aurais préféré qu’ils viennent tous d’un coup, en tir groupé, ça m’aurait évité de m’infliger à raconter quinze fois mes palpitantes vacances de Noël.
Si j’avais su, je leur aurais envoyé tout ça par mail général la veille pour me soulager de cette corvée.
En plus, ça aurait tenu en deux lignes vu que j’ai passé deux semaines de pur "slacking", mes uniques séquences d’activité sociale se résumant à quelques commandes de disques et de films sur internet.
Hormis la soirée du réveillon que j’ai préféré ne pas évoquer sur mon lieu de travail, le reste aurait pû déprimer le plus pêchu de tous mes sportifs de collègues, c’est vous dire.

 Mais avant tout, en dehors du fait de subir le discours intégral des vacances de chacun, ce que j’appréhende le plus dans ces retours de fêtes, c’est l’exercice obligé du claquage de bises.
Quoi de plus mesquin et hypocrite que de se forcer à embrasser des gens à qui l’on ne fait habituellement jamais la bise, et qui font ça machinalement histoire de s’en débarrasser, tout en récitant bêtement la formule traditionnelle «Bonne année, et surtout la santé!» sans vraiment s’en rendre compte.
Certains d’ailleurs sont tellement expéditifs qu’ils frôlent le coup de boule dans la joue à chaque envolée.
Sans compter ceux qui vous tendent l’oreille quand ce n’est pas le haut de leur nuque.
A choisir, je préfèrerais encore une bonne vieille poignée de main virile mais correcte, peu sensuel mais moins risqué.

Surtout qu’après ils viennent nous bourrer le mou dans les médias avec leurs épidémies de gastro-entérites.
Il ne faut pas chercher très loin pour comprendre d’où ça vient :
«Prolifération momentanée des contacts humains rapprochés en période de grand froid et d’ingestion de bouffe douteuse».
Tout cela bien sûr à rajouter aux contaminations informatiques dues aux petits vers véhiculés par les cartes de vœux virtuelles à base de troupeaux de rennes qui chantent.
A force de bosser sur les virus, on finit par en devenir parano…

 Du coup, comme je leur ai déjà fait le plan plusieurs fois de refuser l’accouplement sous prétexte de crève foudroyante, je peux difficilement réitérer l’excuse chaque année à la même époque, surtout pour quelqu’un qui tombe très rarement malade, sous peine de perdre toute crédibilité.
Cette année, j’ai donc dû faire journée portes ouvertes, tout en gardant volontairement une barbe de trois jours histoire d’en dissuader tout de même quelques unes.

 J’ai donc eu droit à la totale.
Evidemment, Anne-Charlotte a profité de l’occasion pour m’embrasser de manière bien appuyée en savourant l’instant présent au cas où ça ne se reproduirait pas avant un an.
Elle me raconta son Noël en banlieue parisienne avec ses parents, sa sœur et ses neveux.
A un moment, pendant qu’elle déblatérait, j’ai été saisi d'une soudaine envie irrépressible de faire discrétement une recherche internet de sites de ventes d’armes en ligne pour en finir au plus vite avec mes souffrances.
Puis elle en vint toute jouasse à son réveillon passé dans une boîte sordide d’Antibes et organisé par Meetic pour ses membres exclusivement.
Là j’ai vraiment cru que j’allais cliquer sur «Commander ce modèle» en prenant l’option «Livraison express».

 Heureusement, à cet instant se pointa Sandrine tout en jean taille-basse moulant avec option «orteil de chameau apparent».
Ce petit détail me fit retrouver le moral et mettre mon Mac en veille.
Elle était visiblement très contente de me retrouver après deux semaines de séparation, et ça se voyait.
Elle en avait les tétons en forme de capuchons de stylo bille, au point que je lui demandais si elle avait froid et si elle voulait que je monte le chauffage du bocal.
Du coup, Anne-Charlotte sembla comprendre mes allusions douteuses et quitta mon bureau en tirant la tronche.
Sandrine avait la super pêche et me raconta le réveillon qu’elle avait organisé chez elle avec tous les copains informaticiens de son mec, ce qui me fit aussitôt regretter de ne pas avoir gardé le site de flingues dans mes signets.
Seul point positif, j’eus droit aux photos de la soirée qu’elle avait déjà mises en ligne sur un Skyblog ou un truc du genre et je dus me faire violence pour ne pas me mettre à baver et à rugir en voyant la nuisette courte en satin doré qu’elle arborait ce soir-là.
Heureusement que Jean-Luc n’était pas dans le bureau à ce moment-là, sinon je crois qu’il en aurait fracassé mon terminal informatique.

 A peine le temps de me remettre de mes émotions et de me replacer le paquet dans l’axe, se pointa Alain, mon boss, qui me gratifia d’une de ses poignées de main légendaires me rappelant ma tendre enfance, quand je jouais encore aux osselets et que je devais les remettre dans le bon ordre.
C’était un moyen à lui de nous montrer qui était le chef, et un moyen pour nous de flinguer une journée de boulot à aller fouiller dans l’armoire à pharmacie à la recherche du tube d’Arnica périmé.
Comme Alain est un type correct et compatissant, il évita de m’infliger comme chaque année ses vacances à la montagne avec bobonne et les trois chiards, son réveillon raclette et sa descente aux flambeaux déguisé en père Noël.
De toute façon, j’avais définitivement perdu l’adresse du revendeur d’armes on-line et j’avais même dû planter la bécane en essayant de l’éteindre en catastrophe pour ne pas qu’Alain tombe sur les photos de Sandrine en petite tenue. C’était ça ou il en allait de ma réputation au sein du service.

 En parlant de réputation, je voyais enfin apparaître ce bon vieux Jean-Luc à travers les vitres du bocal.
Il était dans le couloir, en train de harceler Sandrine qui visiblement refusait de lui souhaiter la bonne année avec la langue.
Il faut savoir que Jean-Luc a une façon bien à lui de fêter l’événement avec les filles du service et que celles-ci détalent en le voyant arriver au loin.
Contrairement à moi, Jean-Luc attend le mois de janvier chaque année avec impatience, ce qui lui permet, entre autres, de faire plus ample connaissance avec les nouvelles stagiaires.
Le goujat prit la peine d’attendre le départ d’Alain pour venir également me claquer la bise, comme si on était de vieux potes, ce qui à la rigueur ne me dérangeait pas vu que ma main droite avait déjà doublé de volume et commençait à virer au bleu marine.
Evidemment, j’eus droit à un bon quart d’heure classé X, pendant lequel le bougre ma raconta en long et en large ses exploits sexuels montagnards avec des vacancières de toutes nationalités.
Je compris alors pourquoi à l’époque il avait tant milité pour le "OUI à l’Europe".
Heureusement pour lui, il eut la bonne idée de ne pas partir dans la même station qu’Alain, mais de toute façon, ils auraient difficilement pû se croiser sur les pistes vu que Jean-Luc ne sut même pas me dire s’il avait eu de la neige pendant ses vacances.
En tout cas, il n’avait peut-être pas beaucoup mis le nez dehors, mais il avait l’air en grande forme et c’est bien ça qui me faisait peur.
Je bénis doublement le ciel d’avoir planté mon ordinateur juste avant le passage d’Alain, car après celui de Jean-Luc, je n’aurais même pas pû le récupérer comme minitel.

 Et ça ne s’arrangea pas lorsqu’il aperçut Béa, notre secrétaire de direction, qui se pointait vers le bocal pour nous adresser ses vœux.
Béa était toujours bien mise et très respectueuse de ses fonctions.
Elle avait pour habitude de ne jamais se laisser aller, tant au niveau vestimentaire qu’au niveau manucure, coiffure et maquillage, ce qui n’était pas pour déplaire aux mâles de l’équipe.
Et visiblement Jean-Luc avait déjà eu le temps de se re-remplir les bourses depuis son retour du ski vu les yeux exorbités qui criaient famine qu’il dirigea vers cette pauvre Béa.
Ce mec-là reste vraiment une énigme pour moi: Plus il en a, plus il en redemande.
A cet instant, j’éprouvais presque un sentiment de pitié compatissante quant à ce boulet qu’il traînait partout comme une pathologie incurable.
Je crois bien que s’il avait débarqué en plein cœur de mon réveillon niçois, il nous aurait vraiment pété une artère vitale, un truc à vous foutre en l’air une soirée.
Quant à Béa, elle était venue me faire la bise sans penser tomber sur Jean-Luc et je crois qu’elle le regretta rapidement.
Il s’en accapara comme la vérole sur le bas clergé breton à tel point que je ne pus même pas lui adresser mes vœux.
En même temps, au vu de leur teneur, ce n’était peut-être pas plus mal.

 Je m’étais en effet préparé psychologiquement à briser la glace entre Béa et moi et à lui parler ouvertement de mes sorties coquines pour tester sa réaction.
J’étais suffisamment en confiance pour tenter le coup après plusieurs discussions que j’avais déjà eues avec elle à ce sujet et qui me laissaient présager qu’elle était loin d’être choquée, voire même qu’elle maîtrisait parfaitement le sujet.
Mon petit doigt me hurlait que sous ses airs de secrétaire de direction, stricte et intransigeante, se cachait une libertine en puissance.
Et, sans prétention aucune, je dois avouer qu’en la matière, mon petit doigt se trompe rarement…
Par Lucien
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Dimanche 15 janvier 2006














 Je l’avais oubliée celle-là !

Dans la famille «traditions à la con», je voudrais le tirage des rois en entreprise.
C’est fou comme on oublie vite ce genre de futilités d’une année sur l’autre.
Cette semaine on a donc eu droit, comme dans toute bonne boîte digne de ce nom, à la traditionnelle galette collective précédée de la non moins traditionnelle cérémonie des vœux de notre Big Boss, Mr Z.
Outre le fait de réunir toute la boîte et de se gaver à l’œil, cette simagrée est avant tout destinée à faire le bilan de l’année passée, à établir les objectifs de la nouvelle année et, au passage, à re-motiver les troupes.

 Un qu’il n’était pas utile de re-motiver, c’était bien Jean-Luc qui attendait impatiemment ce rendez-vous depuis le début de l’année.
Il n’avait pas attendu la fin du discours de Mr Z pour attaquer discrètement les galettes et les bouteilles de cidre.
Lui, le topo du Big Boss, il s’en était exempté et préférait plutôt traîner du côté des nouvelles stagiaires en leur avouant sa passion pour le tirage de reines et la recherche de fèves.

 Pendant ce temps-là, Sandrine faisait de même avec sa copine du service gestion, Virginie, en gloussant comme des dindes dans un coin à comparer leur butin acquis lors de leur journée de RTT posée pour le premier jour des soldes.
En m’approchant discrètement, je crus comprendre que Sandrine s’était dispersée sur les strings, les tailles basses et les petits hauts alors que Virginie, elle, s’était focalisée sur les chausseurs à la recherche de la paire de bottes ultime sur laquelle elle lorgnait depuis longtemps.
Manque de bol, l’assistante gestionnaire n’avait trouvé ni la couleur désirée, ni la bonne taille, ce qui expliquait sûrement sa claudication depuis le début de la journée.

 Tous les autres faisaient plus ou moins semblant de rester attentifs au sermon de Dieu le Père qui distribuait comme chaque année les poncifs d’usage comme s’il récitait machinalement et inlassablement le même discours immuable d’année en année.
Alors que je commençais à sombrer sous le poids des clichés, un détail me fit sortir de ma torpeur.
Mr Z était en train de parler de mon service et plus précisément de mon projet.
Il était tout simplement en train de dire que ce projet qui en était à sa phase de finalisation, n’était ni plus ni moins que l’avenir de la boîte et sa plus grande source de satisfaction personnelle.
Sans me citer nominativement, il lança un regard complice à Alain, mon chef de service, qui ne savait plus où se foutre devant tant d’honneurs et qui devait sûrement en avoir souillé l’intérieur de son pantalon à pinces.

 Finalement, Gilles mon collaborateur et moi-même étions plutôt satisfaits qu’Alain nous vole la vedette. Cela nous épargna de longues et pénibles séances de congratulations et nous permit de rester un peu à l’écart pour déguster pleinement cette foutue galette.

 Du coup, j’eus tout loisir d’aller trinquer avec Béa avec qui je n’avais plus eu l’occasion de trop discuter depuis mon retour de congés et cette fameuse séance de vœux écourtée par la fougue intempestive de Jean-Luc.
Comme nous étions un peu à l’écart de l’agitation, j’en profitais pour essayer de renouveler mon «coming-out libertin» aborté la semaine dernière.
Mais pour ne pas trop la brusquer, j’optai pour un moyen un peu détourné.
Je lui demandai ce qu’elle avait fait de beau pour ce réveillon de la Saint-Sylvestre.
Elle me répondit qu’elle et son mari étaient allés chez des amis qui organisaient une petite fête chez eux.
Et comme elle me demanda également la même chose en retour, je ne me dégonflai pas et lui avouai avoir mixé dans une party chez un copain à Nice.
Comme elle avait l’air intéressée et voulait avoir plus de détails, je lui contai le déroulement de la soirée dans le moindre détail, ce qui eut l’air de l’émoustiller au plus haut point.
En plaisantant, je lui proposai de la prévenir pour la prochaine ce dont elle parut ravie.
A ce moment-là de la conversation, son regard complice en disait déjà très long et je n’eus pas besoin d’avoir recours à d’autres stratagèmes pour déceler en elle son côté obscur et pour confirmer les suspicions de mon petit doigt.
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, après avoir été encensé indirectement par mon Big Boss et après m’être fait une nouvelle complice au sein de la boîte, je faillis m’exploser une couronne avec un Harry Potter en céramique, signe que cette journée était décidemment placée sous le signe du tirage gagnant…
Par Lucien
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Jeudi 16 février 2006




















 J’avais fini par l’oublier celle-là !

Visuel :
Mercredi 15 février, 12h30, restaurant d’entreprise.
A table, Alain, Béa, Gilles, Jean-Luc, Anne-Charlotte, Sandrine, Virginie.

 C’est Sandrine qui ouvre les hostilités.
«Alors Lucien, tu as offert quoi de beau à ta petite dame pour la Saint Valentin? »

«Un gode-ceinture (connasse), pour qu’on soit deux à en profiter!»
OK, j’avoue, le «connasse» je l’ai retenu très fort entre mes dents, mais j’étais vraiment à deux doigts de l’éructer avec le reste du lot, tant sa question faillit me faire rendre mon supplément purée de légumes, ce qui aurait occasionné des frais de pressing inutiles à ce pauvre Alain, assis juste en face de moi.

«Te fâche pas comme ça Lucien, je voulais pas être indiscrète. Moi mon Loulou il m’a trop gâtée. Je suis arrivée à la maison hier soir et il avait tout prévu. Lumière tamisée, petite musique d’ambiance, belle table, bougies partout, petit repas au champagne, mitonné par ses soins, mots doux, petits câlins et lingerie fine en cadeau qui m’attendait au pied du lit. Après, je préfère pas vous raconter la suite… ».

«Ca tombe bien, je te l’aurais pas demandée de toute façon. Je préfère essayer de finir mon repas sans qu’il me reste sur l’estomac. Je risque d’avoir une grosse après-midi de boulot».

«Houlala, il est pas très marrant le Lucien aujourd’hui!».

 Comment paraître «marrant» en s’imaginant le pathétique de la situation.

Visuel :
 Ce grand benêt de Ben posant une après-midi de RTT flash pour aller faire ses emplettes de dernière minute au Carrouf de Sophia-Antipolis parce qu’un de ses collègues nerd lui a rappelé le matin même que c’était la Saint Valentin aujourd’hui.
Coup de bol, Carrouf a tout prévu pour l’occasion.
En tête de gondole à l’entrée de l’hyper, voici le «kit St Valentin» pour jeunes cadres pressés, ou comment assurer une soirée réussie pour 49 euros tout compris.
Dans le gros boîtier rose on peut trouver un panier garni de victuailles de marque repère avec entrée, plat, dessert et demi-bouteille de Champagne pour deux. Sûrement des reliquats de kits «Nouvel an duo» invendus.
Le tout agrémenté de belles bougies en forme de cœurs, d’un CD des 20 plus beaux slows du monde et d’un petit livret sur les plus belles déclarations d’amour pour faire chavirer le cœur de sa dulcinée.
Honnête pour 49 euros TTC, en espérant que la sauce gribiche déshydratée ne se soit pas reconstituée à même le livret en tissu brodé ou que les bougies repères ne se soient pas colmatées au digipack «made in Czech Republic».
Restait plus qu’à faire un petit tour au rayon lingerie histoire de compléter le kit et d’assurer en même temps une bonne fin de soirée.
Et là, Ben se serait rendu compte que d’autres Ben avaient eu la même idée que lui, en voyant s’agiter dans ce rayon habituellement calme, des mecs encravatés et mal à l’aise, leur kit sous le bras, en train de demander des conseils aux vendeuses, le regard fuyant et la diction bafouillante, comme s’ils se trouvaient dans un eros-center à la recherche d’un quelconque sex toy.
Ben voulant écourter au mieux son passage dans ce rayon peu amical, jeta son dévolu sur un ensemble «soutien-gorge/string/porte-jarretelles» en regardant à peine les tailles, après tout, l’essentiel étant de bien garder le ticket de caisse.
Et voilà comment Sandrine tomba dans le panneau en arrivant, tous les éléments du kit étant bien en place et le carton d’emballage en train de cramer dans le feu de cheminée, ni vu ni connu.

 Je ne sais pas si elle avait prévu de nous en dire plus sur sa fin de soirée, mais là, pour la peine, ma remarque avait jeté un grand froid sur la tablée, surtout pour Jean-Luc qui commençait à saliver à l’idée d’entendre des détails croustillants susceptibles de lui tirailler un peu l’entrecuisse.

 Du coup, le tour de table prit fin plus vite que prévu, personne n’osant prendre la suite de Sandrine, surtout pas Anne-Charlotte qui, visiblement considérait ce sujet d’un mauvais œil, elle qui avait dû passer la soirée sur MSN à déblatérer des insanités sur cette célébration de l’amour à laquelle elle n’avait toujours pas droit.

 Seule Béa vint me voir à la fin du repas, gênée, pour me demander si c’était vrai l’histoire du gode-ceinture.
Je lui répondis que non, bien sûr, mais que si elle voulait que je lui en prête un, ce n’était pas un problème.
Elle se mit à rosir, puis me dit que non, c’était juste pour information.
Faudra quand même qu’elle assume un jour, celle-ci…
Par Lucien
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Samedi 1 avril 2006


















... Et remets ton string à l'endroit chérie, tu sais trés bien que j'ai horreur des poissons d'avril...
Par Lucien
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