Lundi 20 août 2007
    En général, j’évite de faire dans la femme mariée. Trop compliquée, peu disponible, aigrie par la routine et usée par de multiples grossesses, je ne tiens pas spécialement à gaspiller mon temps libre pour pister de pâles copies de mon quotidien.
    Celle-ci, c’était du lourd ! La quarantaine bien tassée, mariée depuis quinze ans, trois gosses, amoureuse de son mari, une petite vie bourgeoise bien réglée et bien chiante. Le profil idéal pour tenter l’aventure blog et faire bander le jeune célibataire priapique entre deux programmes de lave-linge. On distille quelques photos d’une anatomie plutôt bien conservée, on légende le tout de quelques fadaises à visée coquine mais jamais vulgaire, on évite de mentionner mari et enfants pour ne pas faire chuter les stats, et on allume à tout va. Feu à volonté !

    Je suis tombé dans le panneau comme un bleu. Nous sommes rapidement passés d’amants virtuels à complices de toujours. Ses confidences intimes m’éloignaient de jour en jour d’une éventuelle possibilité de baise. Allez baiser une amie d’enfance, c’est impossible ! La frustration était d’autant plus grande que l’amie d’enfance en question, je n’en avais jamais vu la couleur et que pendant ce temps, elle continuait à chauffer les nouveaux arrivants.

    Arriva le temps où les conversations n’avaient plus du tout le goût du cul. J’avais sous les yeux une fougueuse quadra en lingerie fine qui me parlait de l’otite du petit dernier ou du redoublement envisageable de la grande.
    - Bon, je te laisse, il faut que je file chez le dentiste pour faire poser l’appareil dentaire de ma puce.
    - Et sinon, t’as pas une autre formule pour que je me finisse ? J’y étais presque !


    L’occasion était inopinée. Ma chaudasse apprivoisée devait venir passer ses congés payés non loin de chez moi avec Monsieur et la marmaille. Pas très glamour mais mieux que rien. Je lui avais laissé le choix dans la date à défaut du doigt dans la chatte. Pour la peine, je fixais le lieu de rendez-vous non loin d’une plage échangiste où j’avais mes habitudes. Ça tombait bien, elle rêvait depuis longtemps de pratiquer le cul nu, mais avec les enfants, tu comprends, c’est pas facile. Pour le côté échangiste, je préférais lui laisser la surprise, la routine commençait à ruiner notre non-couple à petit feu.

    À force de ne plus la regarder avec mes yeux de jeune courtisan, j’en avais oublié qu’elle pouvait être encore si désirable malgré son âge. Notre arrivée fut ponctuée de regards bisexuels gourmands et de débuts d’érections timides. J’avais beau présenter mon nouveau couple illégitime, comme bon nombre de queutards ici présents, je dois dire que j’en retirais une certaine fierté non dissimulée.

    Ce que j’ai eu le plus de mal à dissimuler, c’est une trique béton lorsqu’elle m’a demandé de lui badigeonner le dos de crème solaire. Je ne savais plus comment me contorsionner pour ne pas lui planter mon organe turgescent dans le creux de la cuisse ou le bas des reins. Même pas un malheureux string pour coincer cette honteuse gaule derrière un morceau d’élastique. Ça commençait à pouffer sévère chez nos voisins de serviette qui n’avaient rien trouvé de mieux que de venir s’installer à quelques encablures de bites. Comment leur expliquer que j’étais en train de caresser l’un des dos les plus célèbres du net, celui de la mère de famille aux cent amants, celui qui était en train de faire jouir des dizaines d’internautes cloués chez eux aux quatre coins de la France libertine.

    J’avais encore les mains moites de crème et la queue engourdie lorsque son portable vibra au fond de son sac en osier sur l’air de cette mauvaise reprise du Troisième sexe d’Indochine.
    - Je suis désolé, mais je dois te laisser. J’avais complètement oublié qu’on devait amener les enfants faire du poney. Y’a un cirque qui s’est installé pour la semaine prés de notre résidence et ils sont comme fous depuis.

    Je n’ai même pas eu le temps de la voir dégager, ni même de savourer le baiser furtif qu’elle m’adressa du bout des lèvres, unique scène de sexe partagée en presque un an de dialogues de moins en moins torrides.
    Heureusement pour elle, la pouffiasse d’à côté s’était arrêtée de pouffer en voyant ma tronche décatie et ma bite qui désenflait à vue d’œil. J’étais fin prêt à massacrer sur place le premier bourrin venu qui aurait osé balancer une vanne douteuse à base de poneys.

    Par principe, elle me laissa un message dans la soirée pour s’excuser sans réelle conviction. En arrière-plan, j’arrivais à percevoir des cris d’enfants et des bruits de manèges. Rien qui ne pouvait conditionner une ébauche de branlette ou au mieux un sommeil agité. À peine le fond sonore routinier qui berçait ma vie depuis ce jour où j’avais découvert son existence au hasard d’un lien hypersexe
Lundi 23 juillet 2007
    Tous les étés, j’essaie de me faire un ou deux vide-couilles. En général, je n’ai aucun mal à mettre la main dessus. Il suffit d’arpenter régulièrement les parkings en bordures de forêts une fois la nuit tombée et de repérer de petits amas de voitures. Le vide-couilles n’est jamais très loin.
    Toujours en couple, le vide-couilles est peu causant et plutôt sélectif. Ce soir-là, j’avais la chance d’être entouré de vieux, de moches, de puceaux, de pervers, de racailles, de psychopathes ou tout simplement de bavards.
    Elle était en mode «repos», assise côté passager de cette Mercedes SLK métallisée, aux côtés de son mari peu loquace. L’accompagnateur du vide-couilles est rarement de bonne compagnie, il faut le savoir. Ce doit être mon côté «Houellebecquien» qui a dû me faire ressortir du lot par sa discrétion exacerbée. Le fait est que c’est bien moi qu’elle désignait du doigt pour venir la rejoindre.

    Arrivé devant le dispositif, la grosse voix taciturne du mari me dictait les dernières recommandations d’un ton machinal et routinier, comme s’il récitait les dix commandements à son prochain pécheur.
    - Elle va commencer par te sucer sans capote. Tu éviteras de lui toucher les cheveux. Ensuite, tu mettras une capote et tu pourras la prendre dans la chatte. Si elle te fait signe, tu pourras l’enculer, mais tout doucement et avec le gel que je te fournirai. Tu éviteras de lui gifler les fesses ou de lui faire des marques avec tes ongles. Quand tu sentiras que tu vas jouir, tu lui fais signe, tu te retires, tu enlèves ta capote et tu lui jouis sur les seins. Ensuite tu dégages et tu laisses ta place. N’essaie pas de l’embrasser ou de lui caresser le visage ou les cheveux. Ne lui touches surtout pas les seins, encore moins quand tu auras joui. C’est compris ?
    Vu comme ça, je commençais à regretter de ne rien avoir sur moi pour prendre des notes. Je comptais un peu sur lui pour me remémorer l’ordre du jour en cours de route, à moins que l’un de mes petits camarades ici présents n’ait la bonne idée de me souffler discrètement des antisèches.
    J’avoue que l’énoncé de la notice m’avait quelque peu fait débander et que la dame du batailler ferme avec sa langue pour revigorer mes ardeurs. Qu’importe, visiblement l’exercice de réanimation génitale devait être compris dans le forfait car le grand ordonnateur ne moufta pas.

    Après une pipe très académique, j’entendis le mot «capote» sortir du fin fond de l’habitacle au moment où Madame écarta les cuisses dans une scénographie ultra-carrée. J’avais un peu l’impression d’être manœuvré à distance comme un pantin à qui l’on aurait demandé de laisser son cerveau dans la boîte à gants climatisée. J’eus tout le loisir de tester la sellerie cuir «chêne clair», unique moyen de garder mes appuis, autres que les parties charnues de la dame interdites au toucher. Sa chatte était plutôt humide et dilatée, mais assez bien entretenue au niveau pilosité. Une petite motte clairsemée en forme de flammèche venait couronner ses lèvres glabres. Non loin de là, un papillon-tatoo me narguait nonchalamment en battant des ailes dans le creux de son aine.
    Je n’eus pas besoin d’attendre le signal du retournement. Un petit regard vers Monsieur lui fit comprendre que l’heure de la vidange n’allait pas tarder à sonner. Madame me présenta ses gros seins lourds et j’exécutai les dernières volontés dans un ultime râle étouffé. Non loin de moi, j’entendis des échos qui venaient s’écraser contre une vitre arrière, une jante alliage, un buisson-ardent ou le mocassin à glands d’un voisin.
    Elle essuya mon foutre moiré avec une espèce de peau de chamois en me faisant comprendre qu’il ne fallait pas rester planté là. Si nécessaire, son cerbère me fixait en se demandant ce que je foutais encore dans les parages. Je compris que ce n’était pas le moment de venir solliciter une quelconque marque d’affection ou un petit mot d’amour, et que je ne connaîtrai jamais le prénom de ce vide-couilles là. C’est dommage, le dernier en date en avait un charmant : "Dégage !"
Dimanche 1 juillet 2007
    Cette fois-ci, c’était à moi de venir la voir. Elle avait finalement réussi à me motiver suffisamment pour me convaincre de subir les quatre heures de train qui nous séparaient. Ces derniers temps, nous avions beaucoup fait l’amour par téléphone, MSN Messenger ne pouvant plus grand chose face à nos ardeurs. J’avais même réussi à jouir par deux fois pour de vrai, le reste du temps, je simulais mollement pour accompagner ses orgasmes virtuels. La première fois, elle m’avait suggéré l’idée de faire ça à trois avec un inconnu. La seconde, elle avait bien voulu accepter ma proposition de l’amener en club libertin, juste pour voir. La veille encore, elle m’exposait la liste des petites bricoles qu’elle s’était offertes pour les soldes. Elle m’avait certifié que j’adorerais ce petit haut noir en voilage transparent, cette petite jupe moulante en simili-skaï et ces sandales hautes argentées incrustées de strass. Elle connaissait maintenant parfaitement mes goûts pour le vulgaire à usage unique.

    En sortant de la gare, je scrute le trottoir qui me fait face et ne tarde pas à la repérer parmi d’autres. Elle respecte à la lettre la mission que je lui avais confiée. Ses derniers achats sont fidèles à l’image que je m’en étais faite par téléphone et semblent parfaitement adaptés à la situation. Quelques piétons l’accostent discrètement entre deux interpellations provenant de voitures qui patrouillent au ralenti. Elle ne m’avait pas menti. Comme dans la plupart de ces petites villes de province, le quartier chaud nargue la gare SNCF de ses néons blafards et de ses putes défraîchies.
    Je l’observe de loin durant cinq bonnes minutes puis interviens à temps avant que ses refus répétés ne commencent à devenir suspects. Les autres clients ne comprennent pas trop pourquoi elle part avec moi et non avec eux. Ils se rassureront sûrement en pensant que je devais venir ramasser les compteurs. Sans un mot, elle m’amène jusqu’à sa voiture, une Audi A3 noire fraîchement passée aux rouleaux, puis toujours sans un mot, elle me conduit jusqu’à la destination qu’elle m’avait longuement décrite.

    Le sous-bois est désert en cette fin d’après-midi de fin de semaine. Le plan se passe comme prévu. Je sors de la voiture puis l’agrippe par la crinière en la traînant jusqu’au capot avant sur lequel elle s’avachit en écartant les cuisses et en me tendant son petit cul cambré. Je lui arrache d’un coup sec sa culotte en coton et n’ai même pas besoin de relever sa micro-jupe pour apercevoir son fion. La préparation est sommaire, un doigt, puis deux. Elle est prête. Sa chatte suinte, mais ne m’intéresse pas. Je veux la prendre comme la vulgaire chienne qui écume les sites de dialogues instantanés en allumant tout ce qui bouge. Je veux tester sa fiabilité à dévirtualiser son image de pute numérique. Je veux la pousser dans ses ultimes retranchements pour m’assurer qu’elle est bien réelle et que je ne suis pas en train de me taper son avatar. À la longue, j’ai appris à me méfier des filles qui affirment avoir baisé tous leurs contacts. Celle-ci ne trichait pas.
    Dans son long et subtil Cunniculum Vitae à tuer dans l’œuf toute velléité romantique, elle m’avait précisé qu’elle aimait bien qu’on la traite et qu’on la moleste un peu. Elle affirmait tolérer le tirage de cheveux et la fessée, mais n’était pas trop fan de sodomie et d’éjacs faciales abondantes. Ça tombe bien, c’est exactement le programme que je m’étais imaginé durant ces quatre heures de train interminables.
    Elle avait bien fait de me faire une liste exhaustive. Le tirage de cheveux et la fessée sont les bienvenus pour maîtriser son cul fougueux pendant que je lui fouille les entrailles. Ses dix centimètres de talons rajoutés à son mètre soixante-dix ne m’aident pas vraiment à trouver la stabilité nécessaire. Heureusement que je lui avais demandé de prévoir le dernier album de Christophe Willem dans son lecteur 6xCD Blaukpunt pour donner à la scène un côté festif. Je crois que je dois jouir sur Double je, à moins que ce ne soit le passage de ce randonneur non loin de nous qui accélère le processus. L’éjaculat est massif et répété. Je n’avais pas touché à mon arme durant toute la semaine qui avait précédé. Je vise bien pour ne pas souiller la carrosserie de la belle Allemande rutilante et profite de sa longue crinière fraîchement shampouinée pour m’essuyer la queue méticuleusement. Mon sperme pâteux reste plaqué sur son fond de teint abondant ainsi que sur ses lèvres recouvertes de Gloss et détourées au crayon. Son Rimmel, mêlé de larmes, coule sur ses joues et vient fusionner avec mes impacts de semence pour donner lieu à d’improbables œuvres abstraites.

    Le retour se passe comme l’aller, sans un mot échangé. Comme prévu, elle me débarque non loin du trottoir où je l’ai accostée. Mon train est encore à quai. J’ai même le temps de m’acheter le dernier Beigbeder dans un Relais Hachette.
    Je n’aurais pas entendu le son de sa voix naturelle, non filtrée par le réseau France Telecom. Peu importe, nous nous appellerons sûrement dans le courant de la semaine, bien avant de se recontacter sur une quelconque messagerie.
Lundi 25 juin 2007
    C’est exactement pour ce genre de filles que je continues à fréquenter les mariages.
    À la base, rien ne me forçait à honorer celui-ci, si ce n’est le fond vulgaire de la mariée et la présence supputée de copines à elle du même acabit.
    Celle-ci occupait un rôle somme toute assez classique dans toutes noces, la copine trentenaire célibataire et dépressive qui se force à paraître heureuse pour la mariée mais qui enrage intérieurement d’être l’une des seules à ne pas être venue accompagnée.
    Elle n’a même pas cherché à sauter pour récupérer le bouquet dont s’est emparée une autre gourde qui se mariera normalement l’été prochain avec l’un des copains du marié. Elle a juste sorti une tenue volontairement provocante au cas où ce qu’elle a lu dans la presse féminine s’avérait exact, comme quoi bon nombre de rencontres se joueraient lors d’évènements de ce type.

    Je l’ai tout de suite repérée. La fille isolée qu’on ne sait comment disposer dans le plan de table et qui fout la merde niveau organisation. En général, on évite de la placer aux tables des familles ni à celle des mariés pour qui elle n’aurait de toute façon pas fait une bonne témoin. On la retrouve systématiquement dans un coin de la salle, à la table fourre-tout des amis éloignés ou chiants, entre celle des vieux et celle des gosses.
    Ce qui m’a interpellé chez elle, c’est ce paradoxe de profond malaise enrobé dans une enveloppe putassière. Tout en elle suintait la pauvre fille désespérée qui s’en remettait aux derniers artifices outranciers pour tenter d’exciter du petit neveu toujours puceau au vieil oncle fraîchement divorcé. C’est finalement l’un des cousins de la mariée qui est tombé dans le panneau, lui qui pourtant au départ ne préfigurait dans aucune des niches ciblées.

    J’ai tout de suite aimé sa façon polie de répondre à ses voisins de tables qu’en temps normal elle aurait fui comme la peste, tout en esquissant un regard perdu entre les mariés, le mauvais DJ et son portable qui ne sonnera désespérément pas de la soirée. C’est même ce que j’ai préféré, bien avant sa nuisette noire échancrée jusqu’aux ovaires et ses platform-shoes de pute à talons métal laissant deviner une French-pédicure parfaite.
    J’ai encore plus apprécié sa manière de rembarrer les potes relous du marié qui ne voyaient en elle qu’une salope de mariage. Et je ne dis pas ça pour avoir croisé son regard oblique au moment de l’ouverture du bal sur l’air des Dix commandements. Moi qui avais prévu de m’éclipser juste après les premières notes du Oh happy day lançant le découpage de la pièce montée, j’ai décidé de rester, quitte à me griller sous les sunlights des tropiques, juste pour voir si l’amour se raconte en musique. Aucune connaissance en vue hormis la famille au complet, j’ai laissé ma honte au vestiaire et, sous couvert d’être bourré, je me suis empalé toute la série qui va bien, de Cloclo aux Musclés, en passant par I will Survive et un mauvais remix des White Stripes, jamais très loin d’elle qui dansait comme moi, un peu machinalement pour que cette nuit passe encore plus vite.

    Je sentais bien qu’elle ne cherchait pas à m’éviter. Que craindre de la part du cousin de la
mariée, maqué jusqu’aux dents avec une putafrange et dont les gosses doivent sûrement bricoler dans un coin, livrés à eux-mêmes et occupés avec leurs petites cousines à découvrir comment on fait des baisers de cinéma.
    Elle sentait bien que je ne cherchais pas à l’éviter. Que craindre de la part d’une pauvre fille esseulée qui vit avec son chat, qui carbure aux Lexomil et aux cours de Salsa et qui maudit ses sales pompes de pouffiasse achetées pour l’occasion chez Dream’s, justes bonnes à lui faire un mal de chien à défaut de se trouver un mec.
Elle ne devait sûrement pas se douter qu’en fait, j’appréhendais la série de slows qui auraient fait vibrer mon portable en continu dans la poche de mon pantalon de costard Agnès B.
    Je ne devais sûrement pas me douter qu’en fait, elle suppliait intérieurement le DJ de stopper net sa série années 80 à la con pour balancer un bon vieux quart d’heure américain qui n’en finirait plus de finir.
    Je m’imaginais refaire ma vie avec elle, lui faire retrouver le goût de sourire et de se lever le matin, lui faire arrêter les cours de Salsa et se débarrasser de son chat, lui réapprendre à apprécier les mariages, lui faire amortir ses chaussures de salope dans des boîtes à partouzes où elle n’aurait même pas à faire la causette avec ses voisins de table. Peut-être même lui faire des enfants si l’envie lui prenait un jour.
    Elle s’imaginait continuer sa vie avec moi, servir de maîtresse occasionnelle pendant quelque temps, exciter l’homme marié pré-quadra lors de rencontres furtives où il n’aurait même pas pris le temps de lui arracher sa nuisette et lui retirer ses talons. Peut-être même qu’un jour, il aurait quitté sa femme pour elle.

    Le quart d’heure américain n’est jamais arrivé. Les mariés ont préféré donner la consigne au DJ d’enchaîner les plus grands succès de Gilbert Montagné avec les cinquante plus grosses daubes de Dance de ces dernières années répertoriées par Radio FG.
    Ou alors il est arrivé bien trop tard, en fin de nuit, à une heure où mon portable somnolait tranquillement sur mon bureau, relié à son chargeur de batterie et où les platform à talons métal garnissait le sac poubelle en plastique de ce petit studio, recouverts par une conserve de pâté pour chat  et par une boîte de Lexomil vide.
    La fille s’appelait Elodie je crois. Personne n’en était vraiment sûr.
Dimanche 17 juin 2007
    D’elle je ne connaissais rien, ou si peu. Juste quelques clichés flous qui alimentèrent une foule de clichés fous, un jardin secret laissé un peu en friche et une voix lunaire qui ponctuait ses appels de silences, multipliant les points d’interrogations là où tout ne devait être que suspension.
    Nous avions convenu d’un terrain neutre, la carte nous indiqua un terrain vague. Ce genre d’aires de jeu qui ne sert plus qu’à cela. Une jachère mise à disposition d’adultes à la recherche d’un second souffle. Les cris des enfants ont laissé place au piétinement furtif de fourrés de ronces. Les emballages de sucreries se sont envolés depuis longtemps. Quelques capotes éparses et sèches jalonnent le périmètre comme pour baliser un sentier de mortelle randonnée.
    Elle m’attendait au point de rendez-vous, là où un panneau miteux indiquait l’ancienne présence du départ d’un parcours santé. Nous avons souri, le hasard a voulu qu’il ne figure plus sur aucune de nos cartes respectives. Je lui ai demandé si ça ne la dérangeait pas de passer en premier dans le sentier, elle m’a répondu qu’elle ne croyait plus aux serial-killers depuis longtemps, qu’elle ne croyait plus en rien d’ailleurs.
    Elle aurait tout de même eu des raisons de se méfier d’un type comme moi. Au lieu de cela, elle ondulait sous mon nez son petit cul en jean que j’aurais pu casser comme une vulgaire branche de mûrier sauvage.
    Nous nous sommes installés là où le parcours semblait indiquer une pause. Elle paraissait encore plus belle que le plus beau flou d’elle que je connaissais. Et au lieu de se jeter l’un sur l’autre en venant polluer le site d’un ou deux nouveaux monuments à la petite mort, nous nous sommes simplement contentés de longs regards silencieux à en perdre le souffle devant un panneau qui nous expliquait comment le retrouver.
    Un coquelicot est venu s’écraser sous la semelle de ses chaussures à talons qu’elle avait prévus hauts pour l’occasion. En temps normal, je serais venu me finir comme un rustre sur ses orteils manucurés et compressés après une bonne vieille levrette claquée contre le premier tronc venu. J’ai préféré lui extraire les mots qu’elle m’avait dérobé en lui dévorant la bouche comme un affamé.
    J’ai senti ses battements cardiaques s’accélérer sous sa poitrine outrageusement gonflée. J’ai senti sa chatte en jean se coller contre ma cuisse en lin comme une plante carnivore. Elle a senti mon corps spongieux se gorger progressivement de sang et mes couilles se rétracter à en hurler. Nous avons senti nos fluides bouillonner, nos artères marteler, nos muqueuses s’irriguer, nos sécrétions suinter. Nous avons senti nos organismes se remettre en branle, nos organes vitaux se courbaturer, nos sens se réveiller, nos phéromones exhaler, nos pouvoirs de séduction ressusciter.
    Le spectre du parcours Vita prenait peu à peu possession de nos corps. Nous nous sommes retrouvés dénudés et semi-inconscients, entourés de petits rondins d’une vingtaine de centimètres de hauteur, au pied d’un panneau indiquant «Pas de Géants». Nous avons lentement échangé nos regards sans rien dire. Tout ce que nous aurions voulu exprimer était gravé en trois mots dans le bois, sous nos yeux.

Lundi 11 juin 2007
    - Elles te plaisent vraiment ?
    Je viens tout juste de garer ma voiture sur le parking encore à moitié vide de la plage de la Batterie. S est encore tout excitée par la petite séance de «shoe-pping» que nous venons d’effectuer chez Eden Shoes, rue d’Antibes. Elle inspecte ses petites sandales à talons en tortillant ses pieds dans toutes les positions. Son vernis carmin est parfaitement assorti aux fines bandes de cuir noir qui recouvrent discrètement la base de ses menus orteils. Elle s’amuse à présent à jouer avec les reflets du soleil qui viennent illuminer ses longs talons aiguilles métallisés.
    - Elles sont magnifiques. Mais tu devrais quand même les retirer. C’est assez escarpé pour descendre jusqu’à la plage.
    - Non…attends…pas tout de suite…j’ai encore envie de les garder aux pieds.
Elle sort de son sac à main une paire de menottes, je n’en avais encore jamais vu d’aussi prés.
    - Attache-moi au volant veux-tu ?.
    - Mais…
    - Attache-moi au volant je te dis ! hurle t’elle complètement hystérique.
    Pas trop habitué à manipuler des sex-toys, je m’exécute gauchement en essayant de ne pas actionner le klaxon.
    - Bon, et maintenant encule-moi !
    - Quoi ?!
    - Encule-moi, nom de Dieu ! Tu comprends pas le français ?

    Sur ce, malgré la position inconfortable due à sa proximité volontaire du volant, S., d’une dextérité rare, se met à quatre pattes sur le siège passager et m’offre son petit cul bronzé et bien ferme à peine recouvert de sa légère minijupe retroussée. J’avais fait semblant de ne rien dire jusqu’à présent quant à l’absence de string que j’avais déjà détecté chez le chausseur lors des essayages. Sur le trajet vers la plage, j’avais même émis intérieurement une légère inquiétude quant à l’état de mon siège avant droit soumis aux frottements de ses muqueuses suintantes.
    - C’est quand tu veux Lucien ! Tu attends quoi ? Des renforts ?
    - Non, des capotes ! Je te signale qu’elles sont dans la boîte à gants et que d’ici je ne peux pas y accéder.

    Après lui avoir bouffé le cul pour bien lubrifier son petit orifice, j’adopte la même position qu’elle afin de m’emboîter au mieux le long de ses courbes. En se cambrant, ses talons aiguilles métalliques s’enfoncent instantanément dans mes cuisses, comme par réflexe. Je sais à cet instant précis que c’est moi qui joue le rôle de la proie, et non l’inverse.
    - Casse moi le cul, défonce-moi ! Epargne-moi toute tendresse je t’en supplie !
    Une fois de plus, je me plie à ses injonctions et lui fracasse le front contre la vitre passager sous mes coups de boutoir incessants.
    - C’est trop mou tout ça ! Gifle-moi les fesses, enfonce tes ongles, je veux avoir le cul en charpie !
    Là, je commence à regretter de m’être coupé les ongles juste avant notre rendez-vous. Pour me rattraper je saisis le seul truc qui traîne dans l’habitacle, en l’occurrence le boîtier du CD de Modern Talking qu’on était en train d’écouter avant d’arriver. Je lui laboure les fesses avec l’angle droit du carré de plastique jusqu’à apparition de tranchées écarlates caractéristiques d’un début de douleur. Par-dessus, je distribue quelques rafales de claques comme j’ai vu faire en démo chez Démonia. Il paraît que c’est plus efficace de gifler sur une peau préalablement triturée, c’est un maître fesseur qui m’avait suggéré ça à l’époque. Visiblement, S a presque l’air de préférer ce dernier traitement à celui que ma queue est en train d’infliger à sa muqueuse rectale. Je crois même deviner qu’elle fredonne un morceau de Modern Talking pour me témoigner sa reconnaissance.
    You're my heart, you're my soul
    Yeah, a feeling that our love will grow
    You're my heart, you're my soul
    That's the only thing I really know
    Même ses pieds battent la cadence et me gratifient de belles encoches dans les cuisses à chaque impact des talons chromés dans mon épiderme.

    - Je suis ta petite salope, pas vrai ?
    - C’est vrai !
    - Quoi ? J’ai rien entendu ! Je suis ta petite salope, oui ou non ?
    - Oui ! Tu es ma petite salope, que dis-je…tu es ma grosse salope !
    - Continue, dis-moi encore des gentillesses !
    - T’es qu’une salope de parkings, un sac à bites, un ramasse-foutre.
    - Oui, moi aussi je t’aime tu sais !
    - Je vais t’exploser la rustine et te finir au levier de vitesse si tu continues !
    - Oh oui, punie moi, j’ai pas été sage chez le chausseur tu sais. J’ai pas mis de string et je faisais exprès de bien écarter les pattes quand il me faisait essayer les modèles.
    - Salope ! C’est pour ça qu’il avait la trique et qu’il se touchait la bite toutes les deux minutes ?
    - Tu as vu comme il avait envie de moi ce vicieux ? Moi je dis qu’il faut être un peu pervers pour bosser chez Eden Shoes, avec toutes ces pompes de putes. Ils doivent sacrément se rincer l’œil les salauds ! Allez, bourre-moi encore voyons, je sens rien !

    Dans un ultime assaut guerrier, je saisis sa longue crinière sombre qui court sur ses frêles épaules sobrement tatouées et tire dessus pour m’enfoncer dans ses reins jusqu’à la garde, pour de longs et lents va-et-vient à la recherche du Saint Graal colorectal.
    Cette chienne s’amuse à présent à contracter ses sphincters sur la base de ma queue et je sens sourdre une lointaine montée de foutre qui se fomente au fin fond de mes couilles.
    - Je vais pas tarder à jouir, si ça intéresse quelqu’un ?
    - Attends, retiens-toi ! Je veux que tu me lâches tout sur les pompes. C’est ma façon à moi de les baptiser.
    Elle se retire brusquement, se rassoit et me présente ses pieds comme s’il s’agissait d’une offrande.
    En quelques secondes de branlette, j’accompagne la montée de sève sur son long trajet final et je déverse mon épaisse semence blanchâtre sur le fin cuir noir, entre ses orteils tendus et sur ses beaux ongles carmin joliment manucurés, en évitant de souiller l’intérieur gris olive que j’avais savamment choisi sur option.
    S admire le travail de ses grands yeux gourmands.
    - Je sens que je vais les aimer ces pompes ! J’ai rarement eu droit à un tel baptême et pourtant j’en ai plusieurs dizaines à la maison.
    Au passage, je note que j’ai également baptisé le boîtier du CD de Modern Talking et que le visage de Dieter Bohlen est entièrement recouvert de foutre, ce qui n’aurait pas été pour lui déplaire à cette vieille pédale d’outre-Rhin.
    Alors que S troque à regret ses sandales souillées contre une paire de tongs brésiliennes et que nous sortons de la voiture pour nous diriger vers le chemin qui mène à la plage, nous apercevons un type en marcel en train de se finir derrière sa bagnole en nous matant à travers ses Ray-Ban fumées.
    Au moment de le croiser, je ne peux m’empêcher de me tourner vers lui.
    - Si vous voulez un souvenir, je peux vous filer un vieux CD de Modern Talking. En plus vous avez de la chance, il est fraîchement dédicacé…

par Lucien publié dans : Mixages
Dimanche 10 juin 2007
    À l’intérieur, ni piste de danse, ni coins câlins. C’est vrai, nous ne sommes pas en boîte, bien sûr ! Une musique de chambre sortie d’une compile de Rondo Veneziano s’échappe d’on ne sait où, mais sûrement pas des platines d’un DJ introuvable. De lourds canapés de style méridiennes font office de coins rencontres. Mais aucune trace d’une quelconque zone de baise à l’horizon. Les invités jouent le jeu et l’on sent qu’ils ont tous pensé à re-visionner le DVD du film avant de venir. Dommage que certains clones de Nicole Kidman rient fort avec un puissant accent du sud et qu’elles n’aient pas pensé à décoller l’étiquette du code barre sous leurs pompes de putes de chez San Marina. On ne sait plus si l’on est dans un mauvais Kubrick ou dans un bon Dorcel.
    - Tu disais quoi Lucien ? me demande Steffie.
    - Non rien, c’était juste des considérations d’ordre cinéphilique, rien d’important.
    - Je m’ennuie !
    - Je sais bien, mais à part mater ces Tom Cruise du sentier, je ne peux même pas te proposer d’aller batifoler quelque part. C’est aussi bandant qu’un thé dansant par ici !
    - Oui je sais, ils demandent un mot de passe à l’entrée de la salle des cérémonies.
    - Quoi ?!
    Je manque de m’étouffer avec ma coupe de mauvais Champagne tiède comprise dans la participation aux frais.
    - En allant aux toilettes tout à l’heure, je suis passée devant un autre rideau avec un autre type bizarre qui faisait rentrer des couples. Je lui ai demandé où ça menait et il m’a répondu qu’il fallait le second mot de passe pour accéder à cette partie-là.
    - Merde ! C’est trop con que j’ai pas accès au portable pour appeler Raf à Paris. Il aurait pu l’ouvrir lui ce foutu fichier. Si je redemande le code à quelqu’un, on va encore se faire repérer. Et je doute qu’ils acceptent mon mail à nouveau.
    - Attends, laisse-moi faire, je reviens tout de suite !

    Quelques minutes plus tard, Steffie revient et m’entraîne par la main en direction d’un long couloir qui mène à un grand rideau. Je la vois qui chuchote quelque chose au physio de service et celui-ci nous fait passer sans rechigner sous le velours pourpre épais.
    - Mais comment t’as fait ? Je comprends plus rien !
    - Je suis juste rentrée dans les chiottes des mecs où un Tom Cruise blond finissait de se laver les mains. Je lui ai baissé son froc, je lui ai foutu un doigt dans le cul et je lui ai léché les couilles jusqu’à ce qu’il me lâche le mot de passe. Un vrai jeu d’enfant ! Le mec était même à deux doigts de me lâcher le code de sa Visa Premier en même temps que le reste, dis donc !
    - Et alors ?...

    …Alors vous pourrez retrouver la suite de ce récit dans le prochain Queutard Mag ou en appelant le 0800 666 999 (0,69 euro la minute) où Steffie se fera un plaisir de répondre à toutes vos questions avec sa voix spéciale pute russe.
    Spassiba Steffie !

Dimanche 3 juin 2007
    - Mot de passe je vous prie ?
    - Fidelio !
    - … (silence)
    - Non ça va, je déconne !
    - …(silence)
    - Stanley Lubrik !
    - … (silence)
    - Vous n'avez pas trop le sens de l’humour par ici !
    - … (silence)
    - Bon, Mr Turlute Lulu chapeau pointu ! En fait, je l’ai pas votre foutu mot de passe. On m’a inscrit par mail sans penser à me le donner, voilà ! J’ai juste imprimé le message de validation avec le lieu et l’heure, mais j’ai pas eu accès au document attaché où figurait le mot de passe. Il se trouve que j’ai un Mac, et mon Mac il a pas réussi à ouvrir ce putain de fichier code.zip. Ca vous va ou vous allez m’empaler sur un cactus et me cramer vif sur une croix de St André avec vue mer ?
    - Montrez-moi votre imprimé je vous prie !
    Il prend le papier froissé que je lui tends puis il disparaît de longues minutes derrière le rideau.

    Pendant ce temps, quelques couples masqués se sont agglutinés derrière nous et commencent à glousser et à se chauffer mutuellement comme s’ils étaient contents de se retrouver pour cette grande foire au cul annuelle.

    - T’as vu Josiane, le cadre est super ! C’est encore mieux que l’année dernière au Château Rose.
    - Ouais, et au moins là on est sur place ! On n’aura pas besoin de se taper deux heures de bagnole pour rentrer.
    J’en profite pour leur demander le mot de passe l’air de rien, mais ils ne sont pas très joueurs et me montrent la direction de la sortie. J’ai beau leur expliquer le coup du fichier zip, ils me regardent comme de gros beaufs pleins de thunes regarderaient un pauvre type qui loue du 4x4 coréen, se fait prêter un costard pas à sa taille et une gonzesse trop belle pour lui, et qui en plus n’est même pas fichu d’avoir un PC comme tout le monde.
    Heureusement, le physio déguisé en pochette-surprise réapparaît à ce moment-là et me rend mon mail en nous ouvrant le rideau et en nous souhaitant une bonne soirée. Visiblement, le mot de passe c’était surtout le numéro de carte de crédit qui validait le paiement de 120 euros donnant accès à la soirée.
Mercredi 30 mai 2007
    - Tiens, salut Lucien ! T’es revenu pour la clôture ?
    - Non, c’est Queutard Mag qui m’a envoyé couvrir la Eyes Wide Shut annuelle d’Interconnexion. Le problème c’est que ces cons ne m’ont fourni ni mot de passe, ni costume, ni queutarde pour m’accompagner.
    - Pour le mot de passe, je sais pas quoi te dire si ce n’est d’essayer peut-être Fidelio. Pour le costume, je peux éventuellement t’en avoir un. Et pour t’accompagner, je peux toujours te proposer ma femme si jamais t’as rien d’autre.
    - Non, c’est bon, je vais me démerder. Je vais me contenter du costard en fait.

    Lauryn en cure de désintox dans les Alpes suisses, Lucy qui se fait refaire la muqueuse rectale dans une clinique marseillaise suite à son dernier gangbang raté, Marie partie précipitamment au Japon avec Jg pour un festival Bondage And Bukkake, il ne me reste plus qu’à contacter Steffie pour la convaincre de m’accompagner dans cette méga-partouze sponsorisée.

    Nous arrivons en 4x4 Hyundai de location au lieu dit sur le mail de l’organisateur, une villa Renaissance perchée sur les dernières hauteurs de Super-Cannes. Le voiturier se saisit dédaigneusement de ma clé siglée Europcar et va parquer le 4x4 dans l’emplacement réservé aux véhicules «bas de gamme». Si j’avais su, j’aurais pris la Porsche Cayenne, ça m’aurait peut-être évité d’être garé entre une Mégane II et une New Beetle.
    À l’intérieur, un maître d’hôtel nous rappelle que l’entrée est réservée aux personnes masquées. Ca me fait penser que j’ai oublié les masques dans la boîte à gants. Si j’avais su, j’aurais conduit avec pour pas l’oublier. Quand on revient masqués comme le queutard inconnu, je lui demande si les appareils photo sont acceptés à l’intérieur. Il me répond «Même pas en rêve Monsieur !» Tant pis, je documenterai mon article avec des clichés merdiques pris de mon Motorola V360 à 200 000 pixels. C’est à ce moment-là qu’il me dit que les portables sont également interdits ainsi que tout accessoire technologique, par respect pour l’esprit de la soirée. Et il me montre du doigt la direction du vestiaire pour y déposer tout objet superflu. Je lui demande si je peux quand même garder ma bite sur moi étant donné que c’est du dernier cri. Je le rassure en lui disant qu’elle n’est pas équipée multimédia ni wi-fi mais ma remarque le fait autant sourire que le voiturier quand je suis allé récupérer les masques.
    C’est donc masqués et résignés à relater l’événement avec des mots comme seul support visuel que nous nous dirigeons vers un lourd rideau en velours devant lequel se tient un physionomiste déguisé en membre du Cul Cul XClan.
    - Mot de passe je vous prie ?...
Mardi 22 mai 2007
    Le feu d’artifice du soixantenaire vient de s'achever.
    - On se voit à Paris ?
    - Mouais !
    - Samedi, au Baron ? Le vrai commence à me manquer !

    C’est aussi ça Cannes : ceux qui sont restés de permanence rêvent de Croisette et de paillettes dans un Paris déserté et ceux qui sont partis en mission ne rêvent que de retrouver leurs vrais repères, lassés de leurs QG de campagne qu’ils ont importés dans cette cité de ploucs pour éviter de trop s’emmerder.
    Tels les Américains reconstruisant l’Europe à Vegas pour s’épargner le voyage, les Parisiens reconstruisent Paris en province pour ne pas être trop dépaysés. À commencer par l’exode massif des autochtones qui leur laissent les clés de la ville pendant la douzaine comme on laisserait son bel appart avec regret à un lointain cousin dépravé sans savoir comment on va réussir à ravoir la moquette beige après son départ.
    Le Parisien a besoin d’arriver sur place sans perturbation, avec ses murs, sa musique, ses Djs, ses brevages, ses barmen, ses coups faciles, ses bordels. Après tout, merde, il est quand même venu là pour bosser. C’est un salon professionnel ici, pas un club de vacances. On peut pas se permettre de perdre son temps à s’adapter aux coutumes locales. Le décor est planté la veille de l’ouverture et remballé le lendemain de la clôture. L’organisation du Crevard-Tour est millimétrée et ultra-pro. Faut surtout pas laisser ces ploucs locaux faire joujou avec nos disques, nos cocktails et nos gonzesses un jour de plus. Ils risqueraient de découvrir l’usage du bon goût. Manquerait plus que ça !
    Non, l’idéal c’est encore de se barrer avant tout le monde histoire de se re-acclimater en douceur et de profiter encore quelques jours du calme d’une ville transitoirement exportée.
    Et puis c’est toujours sympa de rentrer au bercail et de retrouver les siens qui te reçoivent comme un héros fraîchement débarqué du front.

    - Alors mec, c’était comment Cannes cette année ?
    - Comme d’hab quoi ! Je me suis bourré la gueule avec les mêmes potes dans les mêmes bars et on a bourré les mêmes nanas dans les mêmes boîtes.
    - Et sinon, t’as vu des films ?
    - Des quoi ?

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